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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/233

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plus impossible qu’elle est plus certaine dans l’avenir ; travaillons sans nous opprimer les uns les autres, et confions le triomphe de la vérité aux lois de la fatalité divine.

C’est à tous ces développemens scientifiques, industriels, philosophiques et religieux, que doivent concourir puissamment les partisans de la révolution française, ceux qui en comprennent vraiment le génie. La régénération sociale de 1789 a une autre portée que celle d’un mouvement politique, et ce n’est pas la servir aujourd’hui que de travailler à mettre dans notre histoire une insurrection de plus. Cette régénération a ouvert un monde nouveau qui demande, pour se développer, l’infini du temps et de l’espace. La révolution française touche à toutes les idées, à toutes les croyances, à tous les élémens des sociétés humaines, et c’est pour cela que nous l’avons vue affecter tous les peuples. Comprenons bien que les autres nations ne se sont pas éprises d’un enthousiasme passionné pour la France, mais pour la cause de l’humanité qu’elles ont reconnue dans ses glorieuses mains. Elles ont senti que nous nous occupions de leurs propres affaires, et que nos débats roulaient sur les intérêts de tous. La France doit se garder de descendre de cette haute généralité : plus ses pensées et ses sentimens porteront l’empreinte d’un cosmopolitisme intelligent, plus elle acquerra d’autorité morale au-delà de ses frontières ; plus aussi elle se trouvera fidèle à l’esprit d’une révolution tout-à-fait humaine, à l’esprit de sa vocation historique.

Séparés par cinquante années de l’œuvre d’émancipation accomplie par nos pères, nous ne pouvons l’affermir et la développer que par l’individualité même de nos pensées et de nos doctrines. Le cours du temps nous a portés plus loin que nos devanciers dans la connaissance des principes des choses et des lois morales qui régissent les sociétés. Étrangers à la confusion et aux colères d’une lutte ardente, nous voyons plus et mieux : la scène se prolonge indéfiniment devant nos regards, et en même temps le but où tend l’humanité se dessine d’une manière plus claire. A travers des mœurs différentes, à travers les religions, les systèmes des philosophes, les recherches des savans, les révolutions dans les lois, c’est le bonheur qu’elle poursuit, c’est l’épanouissement de ses facultés, de sa force, de sa vertu. Ce fait élémentaire est le mobile et la raison de l’histoire. Sous mille formes, le genre humain travaille sans relâche à son éducation, dont les progrès peuvent seuls amener raisonnablement, d’époque en époque, un degré de plus d’émancipation et de liberté. Cette révolution française, dont M Buchez a recueilli laborieusement en quarante volumes