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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/230

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s’attaquait à ceux qui avaient travaillé avec le plus d’ardeur à faire avorter la révolution, à ceux qui conspiraient avec l’étranger contre l’indépendance nationale, et enfin à des hommes condamnables ou déjà condamnés pour des crimes que l’on punit dans tous les temps et chez tous les peuples [1]. »La conclusion est que la terreur est une méthode qu’on peut employer de temps à autre. La souveraineté du peuple, dans la langue de M. Buchez, est la souveraineté du but qui fait un peuple. Pour atteindre ce but, tout est permis : le droit naît du devoir. Pourquoi donc faire un si grand détour pour arriver à cette maxime connue, que la fin justifie les moyens ?

Il est singulier que, de nos jours, tout ce qui est violent, soit dans la théorie, soit dans la pratique, cherche à s’autoriser du christianisme et de l’Évangile. Nous lisons des pamphlets où le nom du Christ se trouve écrit à côté du nom de Spartacus. En Angleterre, les chartistes se disent enrôlés sous la bannière du fils de Dieu. Les organes du christianisme ne sauraient protester trop hautement contre de semblables commentaires. Quant à la philosophie sociale, qui ne sépare pas les principes de la raison des résultats de l’expérience, elle rejette ces panacées, non moins stériles que sanglantes, qui outragent si cruellement le droit humain. Selon elle, il n’y a rien qui doive être imité dans les passions tumultueuses et les faits désordonnés qui ont altéré le cours de la révolution car ces emportemens, loin d’être une conséquence de ce mouvement intellectuel, en furent, au contraire, une violation funeste. Ce sont les tempêtes de l’histoire, ce n’en sont pas les exemples ; mais le monde moral a cette supériorité sur le monde physique, que l’homme peut prétendre à resserrer, par la propagation des idées, l’empire des passions mauvaises et des faits anarchiques. La révolution française doit être, pour nous, dans l’ordre politique, ce qu’est le XVIIIe siècle dans l’ordre philosophique, un passé dont les grandes lignes sont belles, mais dont les erreurs ne nous enchaînent pas. Nous ne pouvons même nous promettre de progrès véritables, dans la pratique comme dans la pensée, qu’en nous affranchissant de plus en plus de souvenirs qui deviennent, à notre insu, des imitations ; c’est par cette liberté que nous trouverons le sens de notre siècle.

En général, on ne remarque pas assez combien des réminiscences et une sorte de routine prennent souvent la place de convictions personnelles et d’actions vraiment volontaires. On est la dupe de sa

  1. Histoire parlementaire, tom. XIX. Préface.