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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/223

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affaires et les destinées du pays, ces progrès et cette action avaient circonscrit, en les respectant, l’influence et le pouvoir de l’église. Aussi n’est-il pas téméraire d’affirmer qu’en cette matière la révolution ne fit que suivre les erremens du régime qu’elle changeait. La constitution civile du clergé qu’elle décréta n’était un empiétement ni sur la doctrine ecclésiastique ni sur l’autorité papale ; elle était une traduction et une conséquence des vieilles libertés gallicanes. Il était de droit public, dans l’ancienne monarchie, que le magistrat politique exerçait son examen et sa répression sur tout ce qui concernait la discipline extérieure et l’exercice de l’autorité du clergé. En ce point la révolution n’innovait pas, elle continuait. Quels étaient d’ailleurs les rédacteurs des lois nouvelles qui réglementaient l’église ? Des chrétiens jansénistes. C’était, par un singulier retour de fortune, l’esprit de Port-Royal qui conduisait la plume de Camus, prescrivant aux membres du sacerdoce le serment constitutionnel. L’intention manifeste de nos pères fut d’unir la France nouvelle et la religion catholique, sans confondre l’ordre politique avec l’ordre spirituel. On sait quelles horribles tempêtes succédèrent à ce sage dessein. Mais aujourd’hui les rapports entre l’église et l’état sont déterminés et paisibles. L’église possède l’indépendance spirituelle ; l’état, la souveraineté politique ; l’église est dans l’état, et il dépend d’elle de s’y incorporer de plus en plus ; l’état vénère l’église, la dote et la surveille. L’église, dépositaire des antiques doctrines de la spiritualité chrétienne, les communique aux ames qui les appellent. L’état conçoit les pensées du siècle, les mûrit et les applique : c’est le cerveau de la société.

Les lois qui furent écrites pendant les deux premières années de la révolution, ont un caractère théorique, et, pour ainsi parler, prêcheur, qu’on ne peut méconnaître : on dirait qu’elles veulent être plutôt un enseignement qu’une règle. C’est comme le commencement de quelque chose d’infini. Dénouement d’un siècle, exorde d’un autre, effet et cause tout ensemble, conséquence et principe, la révolution est à la fois dans son essence l’application de vérités senties et la recherche de vérités inconnues. Elle est une religion rationnelle qui a cet avantage sur d’autres religions, de n’être pas enchaînée par des textes éternellement obligatoires, mais qui quelquefois aussi a pu s’égarer dans cet infini même. Au XVIe siècle, on demandait toute vérité à l’Écriture interprétée par l’esprit ; la révolution française l’a demandée à l’esprit humain lui-même, s’interrogeant sans cesse pour résoudre les questions que lui pose la nature des choses : la liberté est donc de l’essence même de la révolution ; aussi, tout en annonçant des