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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/216

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bien au génie du peuple chez lequel elle s’accomplissait. Nous concevons naturellement les choses humaines d’une manière abstraite et générale ; puis nous nous proposons sur-le-champ l’application des maximes auxquelles nous nous sommes arrêtés, quelle que soit l’étendue de leurs effets.

Aussi ce droit social, qui venait de se former par l’unanimité des consciences individuelles, ne tarda pas, de conséquence qu’il était, à devenir à lui-même sa cause et sa loi, et l’on vit bientôt la société nouvelle se substituer à la personnalité de chacun. Là est la force du droit nouveau qui s’est développé depuis 1789 : individuel par sa racine, dès son apparition il a été social dans sa forme ; né de l’homme, il s’est fait humanité.

Comment mieux prouver ce que nous affirmons qu’en rappelant que le principe de la souveraineté nationale fut inscrit tout à côté du droit et de la liberté naturelle de l’homme ? L’homme se sentait libre et la nation souveraine par le même acte de conscience et de raison. Décréter que la souveraineté résidait dans la nation, ce n’était pas décréter le despotisme des masses ; c’était dire : La France est un être moral dont le génie doit régler la destinée : ce génie aura désormais des représentans légaux dont la majorité rédigera la loi sociale. Il y avait dans cette formule promulguée tous les élémens de la vérité ; car l’intelligence, ce principe suprême des choses, se retrouvait tant dans l’idée de souveraineté, qui n’est pas un pouvoir capricieux, que dans la majorité nationale, qui n’est pas une multitude ignorante. C’est donc un grossier sophisme de prétendre que les principes de la révolution française contiennent le droit d’insurrection pour une minorité : ils le lui refusent, au contraire, de la manière la plus expresse et la mieux motivée.

Dès-lors il devint facile d’établir dans les lois et dans les faits une notion fondamentale, il devint facile de ne plus confondre le gouvernement avec la souveraineté même ; et c’est ici qu’éclata par des signes irrécusables tout ce qu’il y avait d’infini dans l’esprit de la révolution française. Elle n’érigea pas en devoir essentiel telle ou telle forme de gouvernement, et ne fit ni une religion de la république, ni un crime de la monarchie. C’est l’instinct des révolutions morales qui doivent changer le monde de ne pas enfermer leur fortune dans des entraves, leur génie dans des enveloppes qui ne dépendent que de l’action du temps. Ainsi, le christianisme entra dans les institutions païennes, et les fit tomber par sa vertu, sans même les avoir discutées. Plus tard, il revêtit les formes les plus diverses, tant dans sa propre