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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/185

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en refusant de s’y associer, il lui a paru qu’il ne pouvait pas abandonner sans tutelle trois mille de ses sujets émigrant en masse sur le même point. Déjà, au mois de juin 1839, en réponse à une pétition du commerce de Glasgow, M. Labouchère, secrétaire d’état, déclarait que le gouvernement préparait les moyens d’ériger la Nouvelle-Zélande en colonie anglaise. Plus tard, et dans les premiers jours d’août, le marquis de Normanby expédiait sur le Druid le capitaine Hobson, déjà au fait des localités, avec le titre de consul et de lieutenant-gouverneur, s’il faut en croire le Colonial Gazette. Ses instructions, citées par le Globe, impliquent, si elles sont authentiques, une sorte de prise de possession. Il y est dit que, la Nouvelle-Zélande tendant à devenir une colonie anglaise, il importe que désormais les cessions de territoire se fassent au nom de la couronne britannique, et que toutes les transactions de cette nature soient minutieusement surveillées. On s’y étend avec complaisance sur des considérations de cet ordre en les déguisant sous les apparences d’une protection à accorder aux indigènes contre les agioteurs de terrains (land jobbers).

Évidemment le cabinet anglais médite un changement de front à l’égard de la Nouvelle-Zélande. Il est vaincu par l’opinion, qui en fait un conquérant malgré lui ; il subit, à son corps défendant, la charge de possessions nouvelles. Mais la France ne peut, ce nous semble, accepter la question dans ces termes, et c’est à elle qu’il appartient de la ramener au point où elle était restée dans le sein du parlement. La Nouvelle-Zélande est encore maintenant un terrain neutre pour tous les pavillons, une plage accessible à toutes les colonisations européennes. Elle se trouve dans le même cas que Taïti et Hawaii, échelles polynésiennes avec un gouvernement local, nominal peut-être, mais du moins titulaire. En vain invoque-t-on un titre ancien résultant de la priorité de la découverte et des trois voyages de Cook : cette priorité n’appartient pas à l’Angleterre, et Cook a été, on l’a vu, devancé sur ce point par Tasman. D’ailleurs, les temps sont passés de ces prises de possession illusoires, au moyen desquelles cinq ou six puissances et vingt navigateurs pourraient se disputer le même îlot. On invoque aussi le cap. 96 des lois de George IV, qui, fixant l’organisation des poursuites pénales dans la terre de Van-Diemen et la Nouvelle-Galles du Sud, étend, pour certains faits, la juridiction de ce ressort jusqu’à la Nouvelle-Zélande, Taïti et les Sandwich. Mais cette loi ne fait que déplacer une compétence en conférant aux tribunaux de Sydney les pouvoirs que jusqu’alors la métropole avait retenus, et en renvoyant à des juges mieux informés les marins coupables de baraterie et, d’autres crimes de cette nature. Au reste,