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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/171

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V – LA NOUVELLE-ZELANDE DEPUIS L'ETABLISSEMENT DES MISSIONS.

L’origine des missions de la Nouvelle-Zélande se fait remarquer par le concours des plus fortes et des plus douces vertus évangéliques, le courage, la patience, la résignation et le dévouement. Quand l’apôtre qui fut la tête et le bras de cette pieuse entreprise, le révérend M. Marsden, songea à fonder un établissement sur ces parages, l’archipel n’était guère connu en Europe que comme un théâtre de catastrophes sanglantes. Des massacres réitérés, des agressions audacieuses attestaient les mœurs féroces et l’intrépidité naturelle des tribus indigènes. Elles semblaient aussi inaccessibles à la douceur qu’à la crainte, aux bons procédés qu’aux voies de rigueur. Aucun navire, si bien armé qu’il fût, n’était en sûreté le long de cette côte, et le Boyd venait d’être enlevé et anéanti avec soixante hommes d’équipage.

Ce fut au milieu d’un peuple suspect et redoutable à tant de titres que descendirent, au mois de décembre 1814, trois missionnaires, MM. Kendall, Hall et King, avec leurs femmes, leurs enfans en bas âge et un petit nombre de serviteurs. A cette époque et dans l’état du pays, le succès était plus douteux que le martyre. M. Marsden seul avait la conscience d’heureux résultats. Il avait étudié le caractère zélandais moins d’après les impressions publiques qu’à l’aide d’observations intelligentes et personnelles. Divers chefs s’étaient assis à ses foyers dans l’établissement central de Parramatta, et l’étude qu’il en fit lui permit de dire, dès 1813, que cette race était susceptible de toute amélioration morale. Aussi ne recula-t-il ni devant les périls de l’œuvre, ni devant les hésitations de son gouvernement. Confiant dans les promesses de quelques chefs indigènes, il partit lui-même avec ses missionnaires et alla présider à leur installation.

Quand il arriva à la baie des lies, la saison d’été animait ces parages. Le ciel était pur, la terre étalait une végétation puissante. Tout parut sourire aux nouveaux venus, la nature et les habitans. Les chefs se montrèrent tels que M. Marsden les avait jugés, méchans pour les méchans, bons pour les bons. On traita avec eux d’un terrain qui devait servir aux premières cultures de la mission. Deux cents acres furent cédés, dans le district de Rangui-Hou, en échange de douze haches. La pieuse colonie s’y installa, improvisa quelques cases, s’occupa de ses premiers besoins, défricha et ensemença son petit domaine. Ce fut là le berceau des missions de la Nouvelle-Zélande,