Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/143

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


L’organisation des bureaux n’a rien offert de remarquable. Un incident du premier bureau est seul venu réveiller la polémique de la salle des conférences, et rappeler aux députés que le moment était arrivé pour chacun de prendre son parti et de choisir son drapeau. M. Dufaure avait donné sa voix à M. Jacques Lefèbvre ! De là, grande rumeur et de violentes attaqués contre le jeune ministre qui est venu, avec une partie des siens, des rangs du centre gauche de la coalition. Apparemment que le centre gauche avait résolu de voter le cas échéant, pour M. Dufaure, malgré sa défection si cela est, M. Dufaure a eu grand tort, il faut le dire, de ne pas préférer cette conduite toute chrétienne aux règles de la politique ; il a eu tort de ne pas voter contre lui-même et contre le ministère dont il fait partie. Nous, cependant, pouvons-nous le blâmer d’avoir voté pour un 221 ?

Un fait, en apparence du moins plus significatif, a signalé le réveil de la chambre : M. Martin du Nord, après une lutte assez vive, l’a emporté, dans la nomination des vices-présidens, sur M. Vivien. Nous ne voulons pas cependant abuser nos lecteurs en jouant sur les noms propres. Tout le monde sait que la nomination de M. Martin n’est pas due seulement aux votes des 221 ; plus d’un suffrage lui est venu des rangs des adversaires les plus ardens du 15 avril. Cela est très naturel : il n’est pas d’assemblée politique où ces combinaisons n’arrivent fort souvent sans concert ni préparation aucune. Ceux des membres de la gauche et du centre gauche qui veulent, avant tout, renverser le ministère, ont voté pour M. Martin du Nord, parce que sa nomination était un échec pour les ministres. Les 221, même ceux qui ne se soucient point de précipiter la crise ministérielle, ont voulu témoigner par leurs suffrages combien ils avaient été blessés de l’exclusion donnée pour la première présidence de Douai à un homme des plus honorables et des plus dignes, par cela seul qu’il avait été un des ministres du 15 avril. Ils ont voulu prouver qu’il faudrait toujours compter avec eux.

Au reste, la nomination de M. Martin était plutôt remarquable comme acte de vigueur que comme démonstration politique. La chambre avait fait voir par là qu’elle voulait être ; mais elle n’avait pas encore dit ce qu’elle ferait. Il y avait eu une sorte d’accord imprévu pour faire sentir au ministère qu’il n’était pas le maître de la chambre, et qu’il ne pouvait pas même se reposer sur l’apathie de l’assemblée. Il n’y avait encore rien qui annonçât un parti pris, la reconstitution délibérée d’une majorité voulant reprendre sa place au pouvoir. La nomination de M. Martin était plus qu’un accident ; mais elle n’était pas la proclamation d’un système : elle ne pouvait pas même servir de prélude, de fait précurseur d’un système politique.

Elle a cependant produit des effets d’une haute importance. Elle a mis la chambre sur ses gardes. La chambre a compris, au retentissement de cette nomination, que le moment des actes sérieux était arrivé, qu’il n’y aurait plus désormais rien d’indifférent dans ses démarches, rien qui ne fût le sujet de commentaires importans, d’interprétations décisives ; que tout ce qu’elle ferait deviendrait obstacle ou appui ; qu’appelée à exercer nécessairement une grande