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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/139

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SILVIA.

Bien que troublé par ce coup imprévu ,
L'époux se lève, allume sa chaudelle,
Et, sans entrer en plus de mots.
Sachant que sa femme est fidèle,
Il charge le corps sur son dos,
A sa maison secrètement l'emporte,
Le dépose devant la porte ,
Et s'en revient sans avoir été vu.
Lorsqu'on trouva, le jour étant venu ,
Le jeune homme couché par terre,
Ce fut une grande rumeur;
Et le pire, dans ce malheur,
Fut le désespoir de la mère.
Le médecin aussitôt consulté ,
Et le corps partout visité.
Comme on n'y vit point de blessure,
Chacun parlait à sa façon
De cette sinistre aventure.
La populaire opinion
Fut que l'amour de sa maîtresse
Avait jeté Jérôme en cette adversité,
Et qu'il était mort de tristesse,
Comme c'était la vérité.
Le corps fut donc à l'église porté ,
Et là s'en vint la malheureuse mère,
Au milieu des amis en deuil,
Exhaler sa douleur amère.
Tandis qu'on menait le cercueil ,
Le tisserand, qui , dans le fond de l'amc,
Ne laissait pas d'être inquiet :
« Il est bon , dit-il à sa femme ,
« Que tu prennes ton mantelet ,
« Et t'en ailles à cette église
« Où l'on enterre ce garçon
« Qui mourut hier à la maison.
J'ai quelque peur qu'on ne médise
« Sur cet inattendu trépas ,
« Et ce serait un mauvais pas ,
« Tout innocens que nous en sommes.
« Je me tiendrai parmi les hommes.