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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/134

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REVUE DES DEUX MONDES.

Comme une guirlande de fleurs!
La Fontaine a ri dans Boccace,
Où Shakspeare fondait en pleurs.
Sera-ce trop que d'enhardir ma muse
Jusqu'à tenter de traduire à mon tour
Dans ce livre amoureux une histoire d'amour?
Mais tout est bon qui vous amuse.
Je n'oserais, si ce n'était pour vous;
Car c'est beaucoup que d'essayer ce style
Tant oublié, qui fut jadis si doux ,
Et qu'aujourd'hui l'on croit facile.

Il fut donc , dans notre cité ,
Selon ce qu'on nous a conté ,
(Boccace parle ainsi; la cité, c'est Florence),
Un gros marchand , riche , homme d'importance ,
Qui de sa femme eut un enfant.
Après quoi , presque sur-le-champ.
Ayant mis ordre à ses affaires ,
Il passa de ce monde ailleurs.
La mère survivait; on nomma des tuteurs,
Gens loyaux , prudens et sévères ,
Capables de se faire honneur
En gardant les biens d'un mineur.
Le jouvenceau, courant le voisinage,
Sentit d'abord douceur de cœur
Pour une fille de son âge
Qui pour père avait un tailleur ;
Et peu à peu , l'enfant devenant homme,
Le temps changea l'habitude en amour.
De telle sorte que Jérôme
Sans voir Silvia ne pouvait vivre un jour.
A son voisin la fille accoutumée
Aima bientôt comme elle était aimée.
De ce danger la mère s'avisa ,
Gronda son fils, long-temps moralisa.
Sans rien gagner par force ou par adresse.
Elle croyait que la richesse
En ce monde doit tout changer,