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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/132

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REVUE DES DEUX MONDES.

Sans y penser, madame et chère blonde,
Vous me grondez comme un ami?
Paresse est manque de courage ,
Dites-vous; s'il en est ainsi,
Je vais me remettre à l'ouvrage.
Hélas! l'oiseau revient au nid,
Et quelquefois même à la cage.
Sur mes lauriers on me croit endormi ;
C'est trop d'honneur pour un instant d'oubli ,
Et dans mon lit les lauriers n'ont que faire.
Ce ne serait pas mon affaire.
Je sommeillais seulement à demi ,
A côté d'un brin de verveine
Dont le parfum vivait à peine ,
Et qu'en rêvant j'avais cueilli.
Je l'avouerai, ce coupable silence.
Ce long repos, si maltraité de vous,
Paresse, amour, folie ou nonchalance,
Tout ce temps perdu me fut doux.
Je dirai plus, il me fut profitable;
Et si jamais mon inconstant esprit
Sait revêtir de quelque fable
Ce que la vérité m'apprit.
Je vous paraîtrai moins coupable.
Le silence est un conseiller
Qui dévoile plus d'un mystère;
Et qui veut un jour bien parler
Doit d'abord apprendre à se taire.
Et quand on se tairait toujours,
Du moment qu'on vit et qu'on aime,
Qu'importe le reste? et vous-même,
Quand avez-vous compté les jours?
Et puisqu'il faut que tout s'évanouisse.
N'est-ce donc pas une folle avarice,
De conserver comme un trésor
Ce qu'un coup de vent nous enlève?
Le meilleur de ma vie a passé comme un rêve
Si léger qu'il m'est cher encor.
Mais revenons à vous, ma charmante marraine.
Vous croyez donc vous ennuyer?