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Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/118

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à Simla, publia, le 22 octobre, un ordre du jour qui semblait indiquer qu’il n’avait pas encore une parfaite confiance dans ses troupes, sous le rapport de la discipline, et qui causa d’abord quelque mécontentement dans l’armée. Cependant les officiers, jeunes et vieux, n’en burent pas moins à la santé de sir Henry Fane, et en général l’ardeur et l’enthousiasme des troupes, soit européennes, soit indiennes, se manifestèrent partout et en toute occasion de la manière la plus flatteuse pour leurs chefs, par des acclamations, par des chants, pendant la marche au rendez-vous général à Firozepour, en un mot par les explosions de la joie la plus bruyante.

Le gouverneur-général et le commandant en chef étaient à Firozepour dès le 27 novembre. Il paraîtrait qu’à cette époque le gouverneur-général avait déjà reçu avis de la levée du siégé d’Hérat par l’armée persane. D’un autre côté, la santé de Randjît-Singh, depuis long-temps affaiblie par des excès de tout genre, donnait lieu de penser que dans quelques mois, dans quelques semaines peut-être, le maharadja aurait cessé de vivre ; et bien que déjà, dans plus d’une circonstance, il eût trompé les prévisions des médecins, des renseignemens positifs ne permettaient guère de douter, cette fois, que le terme fatal de cette longue carrière d’ambition et d’iniquités n’approchât en effet [1]. Aux précautions prises de longue main pour que la tranquillité du Pandjab ne fût pas troublée à la mort de son chef, il paraissait prudent d’en ajouter de nouvelles. C’est à ces divers motifs qu’il nous semble naturel d’attribuer les dispositions suivantes de l’ordre du jour du 27 novembre : « Les circonstances ont tellement changé dans les pays à l’ouest de l’Indus depuis le rassemblement de l’armée destinée à entrer en campagne, que le très honorable gouverneur-général ne juge pas nécessaire de faire marcher toutes les troupes dont une partie suffira pour remplir le but de l’expédition. En conséquence, d’après les instructions de sa seigneurie, toute la cavalerie, une compagnie d’artillerie à cheval, une batterie de campagne, l’artillerie de siège, les sapeurs et mineurs et trois brigades d’infanterie, se mettront en marche. Le reste des troupes attendra des ordres à Firozepour. La tête de la colonne commencera son mouvement aussitôt que l’armée aura été passée en revue par le gouverneur-général et le maharadja Randjît-Singh. »

La première entrevue de lord Auckland et de Randjît-Singh eut

  1. Randjît-Singh est mort, en effet, le 27 juin dernier, sept mois environ après la visite du gouverneur-général, léguant le Koh-é-nour au temple hindou de Djaggarnât. II avait soixante ans.