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ou préparant celles du lendemain. Il cesse ses travaux le dimanche, parce que la religion le lui ordonne ; mais elle lui prescrit aussi spécialement, pour ce jour-là, de s’abstenir de tout amusement, de toute distraction, musique, cartes, dés ou billard, sous peine de sacrilège au premier chef. Le dimanche, un Américain n’oserait pas recevoir ses amis. Ses domestiques refuseraient de s’y prêter ; c’est à peine si, ce jour-là, il peut obtenir d’eux qu’ils le servent lui-même à table à l’heure qui leur convient. Il y a quelques jours, le maire de New-York fut accusé par un journal d’avoir traité, le dimanche, certains nobles Anglais venus d’Europe, dans leur yacht, pour donner à la démocratie américaine une étrange idée des goûts britanniques. Il s’est empressé de faire publier qu’il connaissait trop bien ses devoirs de chrétien pour fêter ses amis le jour du sabbath. Rien n’est donc plus lugubre que le septième jour dans ce pays. Auprès d’un pareil dimanche, le travail du lundi est un passe-temps délicieux.

Abordez un négociant anglais le matin dans son comptoir, vous le trouverez raide et sec, ne parlant que par monosyllabes ; accostez-le à l’heure du courrier, il ne fera aucun frais pour vous dissimuler son impatience ; il vous éconduira, sans prendre toujours garde de le faire poliment. Le même homme, le soir dans son salon, ou l’été à sa maison de campagne, sera plein d’empressement et d’urbanité. C’est que l’Anglais divise son temps et ne fait qu’une chose à la fois. Le matin, il est tout aux affaires ; les affaires lui sortent par tous les pores. Le soir, c’est l’homme de loisir qui se repose et jouit de la vie ; c’est le gentleman qui a sous les yeux, pour façonner ses manières et s’instruire dans l’art de dépenser noblement son revenu, le parfait modèle de l’aristocratie anglaise.

Le Français moderne est un mélange indéterminé de l’Anglais du matin et du soir. Le matin, un peu Anglais du soir, et le soir passablement Anglais du matin. Le Français vieux-modèle était l’Anglais actuel du soir ; ou plutôt disons, pour rendre à chacun ce qui lui appartient, que c’est ce Français, dont le type se perd chez nous, sur qui, à beaucoup d’égards, s’est moulée l’aristocratie anglaise.

L’Américain des états du nord ou du nord-ouest, celui dont la nature domine aujourd’hui dans l’Union, est un homme d’affaires