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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/774

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turque ; capitale de la province la plus orientale des états algériens, sa population est riche et nombreuse, et sa position naturelle lui permet une défense facile et redoutable. Ou il fallait faire cette expédition dans les premiers jours de septembre, ou il fallait la remettre au printemps. En vain on espérerait se justifier en rejetant sur le maréchal les fautes et les désastres ; au maréchal la responsabilité militaire, mais non pas la responsabilité politique. Non-seulement on ne devait pas laisser au maréchal Clausel la faculté de partir ou de rester à son gré, mais on devait lui enjoindre de ne se diriger vers Constantine que sur un ordre exprès. Agir autrement, c’est abdiquer le pouvoir dirigeant et les devoirs véritables de tout gouvernement. Qu’est-il arrivé ? Le maréchal, livré à lui même, s’est facilement persuadé qu’il triompherait des obstacles qu’il devait rencontrer de Bone à Constantine ; il a pu penser, d’ailleurs, qu’en lui envoyant un prince du sang, on le provoquait à cueillir sur-le-champ des lauriers qui pussent ombrager d’autres fronts ; il a voulu réparer des délais irritans pour son amour-propre militaire ; il sera parti sans préparatifs suffisans, sans objets de campement, et se sera trouvé sans défense contre les sévices du climat.

Quant à la défense que devait faire Constantine, on ne peut s’expliquer comment le gouvernement a pu ignorer ce qui était de notoriété publique dans les parages du Levant. Comment ne savait-il pas qu’à Tunis un parti puissant prêtait à nos ennemis un appui formidable ? A Malte, il n’était bruit que des ressources immenses du bey de Constantine, et de la résistance qu’il devait opposer à nos armes. Ce qu’on ne peut trop blâmer, c’est cette indécision qui fait tenter à moitié des entreprises qu’on n’aime pas. C’est avec le ministre qui a blâmé le système inquiet et agité, que nous nous permettons nos plus grandes témérités, parce que le cabinet n’a pas le courage de ses propres opinions, et a tout sacrifié à l’espoir de trouver dans les bulletins du maréchal le thème d’une phrase sonore pour le discours de la couronne. Si on eût signifié au maréchal Clausel d’attendre le printemps pour son expédition, si on eût annoncé l’intention de porter devant les chambres la proposition d’un supplément de crédit, on se serait au moins montré fidèle à la politique pacifique dont on avait fait profession. Mais on n’a osé ni ordonner ni défendre, et cette indécision a porté à notre puissance, en Afrique, le coup le plus funeste qu’elle ait encore reçu.

Ce triste incident ne contribuera pas à affermir le ministère doctrinaire, déjà si fortement ébranlé. Plus le moment de la session approche, plus la situation de M. Guizot devient critique et singulière. On entend beaucoup de députés, arrivant de leurs départemens, dire qu’ils ne reconnaissent plus dans M. Guizot l’homme grave et parlementaire :