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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/772

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Nodier de peindre l’amateur passionné des livres. Qu’on ne dise pas que l’artiste exagère ici sa peinture, et qu’il n’y a pas de modèle humain de son Bibliomane. Ce singulier libraire de Barcelone, nouveau Cardillac, qui tuait naguère les gens pour rattraper les bonnes éditions qu’il vendait, prouve assez que M. Charles Nodier n’a pas imaginé la plus incroyable des excentricités de la bibliomanie.

Nous ne dirons ni mal ni bien de Charles de Navarre de M. Mortonval. Consciencieusement, nous n’avons pas le droit d’en parler. Nous avions essayé de lire Charles de Navarre, le livre est tombé vingt fois de nos mains. L’effort nous a paru au-dessus des forces humaines. Nous le déclarons solennellement : nous renonçons désormais à toute semblable tentative. Que M. Mortonval exploite les évènemens du jour ou ceux d’autrefois ; qu’il fasse du roman historique ou du roman de meurs ; qu’il écrive Mon ami Norbert ou Charles de Navarre, ce sera tout un. Comme ce sera toujours M. Mortonval, nous tiendrons pour corrects les brevets de génie que lui décernera son libraire, nous ne nous aviserons pas de les vérifier.

Bien que, nous n’ayons jamais eu l’honneur de connaître un seul des lecteurs de M. Mortonval, nous ne nions pas leur existence. Il en a sans doute, et plus d’un, puisque son imperturbable fécondité trouve depuis vingt ans des éditeurs. Il est avéré d’ailleurs que cet écrivain s’est fait un public, sinon en France, au moins en Allemagne. Un candide critique d’outre-Rhin démontrait naïvement l’autre jour que Mortonval est un Walter Scott ignoré, auquel la France ne rend pas justice. D’autre part, l’Angleterre nous accuse aussi de méconnaître M. Paul de Kock. M. Paul de Kock, qui commence à devenir de mauvais goût chez les modistes de Paris, est le romancier favori du monde fashionable de Londres. La faveur qu’il y possède est si haute que M. le comte Dorsay, l’une des notabilités du West-End, a provoqué récemment une fructueuse souscription au bénéfice de l’auteur de Zizine. Ne voilà-t-il pas des suffrages accablans ? Humilions-nous devant eux et reconnaissons notre insuffisance. Nous consentons de grand cœur à admirer M. Paul de Kock et M. Mortonval, aussitôt qu’ils nous paraîtront admirables. En attendant, nous ne nous opposons nullement à ce que ce soit l’Allemagne et l’Angleterre qui souscrivent pour eux et qui les lisent.


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