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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/771

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Théodoric. L’auteur leur a bien conservé l’allure et les proportions que leur prête la naïve chronique latine de Sidonius Apollinaris. Il a en outre laborieusement étudié l’époque barbare où s’agite son drame sauvage. Que ne dissimulait-il mieux son étude ? Ce labeur d’érudition paraît trop. Au lieu de se fondre dans l’œuvre en nuances harmonieuses, les détails de mœurs se produisent par placards de couleurs tranchantes et heurtées. En somme, l’exécution est loin de satisfaire. Travaillé convenablement, mis et remis sur le chevalet, l’ouvrage fût devenu peut-être un bon tableau. Ce n’est aujourd’hui qu’une énergique et rude ébauche.

Que voulez-vous ? M. Frédéric Soulié tente au-delà du possible. Il ne prend pas son temps. Les plus robustes génies succomberaient au train dont il va. On n’improvise pas une composition élevée et sérieuse comme un article de journal. C’est le malheur de notre littérature contemporaine que ce besoin de production hâtive. Le travail qui demandait le plus de réflexion et de loisir, s’est transformé en une opération mécanique. Écrire des romans surtout, ce n’est plus un art, c’est une affaire de temps. On a calculé qu’on pouvait matériellement fournir à son éditeur deux volumes par mois (un volume de plus que Scudéry !) C’est un engagement commercial. Il ne s’agit pas de reculer. On livre au libraire la besogne telle quelle à l’échéance convenue. Il est vrai que le libraire trouve cela très beau. Son prospectus déclare que tout le monde vous loue et vous admire ; que vous avez fait un grand tableau, une haute et large composition où l’on ne saurait dire si l’intérêt l’emporte sur le savoir ou le savoir sur l’intérêt. Ce n’est pas M. Frédéric Soulié qui se contentera de ce grossier encens d’éditeur, lui qui n’a qu’à vouloir pour obtenir le plein suffrage d’un public indépendant.

Si légères que soient les compositions de M. Charles Nodier, on est sûr d’y trouver toujours le charme, la grace, le bon esprit et le bon style. Les contes qu’il publie aujourd’hui font un aimable volume, qui n’amusera pas seulement les petits garçons, mais bien aussi les grands et les vieux enfans. Laissons M. Charles Nodier se classer conteur très indigne, bien loin au-dessous de Perrault. C’est là encore une de ces excessives modesties habituelles chez l’auteur du Roi de Bohème. Certainement Trésor des fèves et Fleur des pois vont d’un pas très convenable et très égal en la compagnie du Petit Chaperon rouge et du Chat botté. Malgré son extrême invraisemblance, Paul est conté avec une conviction qui finit par ébranler. On se prend à oublier que l’écrivain plaisante quand il garantit l’authenticité de son histoire, et qu’il a placé lui-même ce récit très véridique parmi ses contes. Polichinelle est une spirituelle satire pleine de douce philosophie et d’indulgente finesse. La plus exquise fantaisie du recueil est peut-être le Bibliomane. Il appartenait bien à M. Charles