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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/757

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ses propositions. Le catholicisme, avance sa préface, se fait jour de plus en plus dans les masses intelligentes ; il s’est relevé de ses longues et rudes épreuves. Nous voudrions pour notre part, de grand cœur, qu’il en fut ainsi ; nous sommes loin pourtant de le penser ; au fond M. Turquety ne le pense pas plus que nous. Oubliant toute la confiance de la préface, l’une des pièces du recueil affirme étourdiment que :

Tout s’en va, manoirs, basiliques,
Murs vénérés, saintes reliques,
Tout s’en va lambeau par lambeau ;

enfin qu’on veut proscrire :

L’autel désert et mutilé.

C’en est assez de cet échantillon pour montrer la consistance des doctrines catholiques de M. Turquety. Qu’il soit personnellement convaincu lui-même, nous ne le nions pas ; mais sa poésie ne le semble guère. Il n’a rien effectivement épargné de ce qui la pouvait faire ressembler aux litanies et aux cantiques de première communion ; il a été prodigue de versets latins, d’aimez Jésus et d’ora pro nobis. Tout cela n’a pas échauffé son vers glacé de cette foi vive et ardente qui électrise et se communique. Il est clair seulement que c’est le livre de messe qui a fourni une bonne part de toute cette poésie catholique.

Le talent de M. Turquety n’a pas non plus profité dans cette exploitation du catholicisme qu’il prétend monopoliser. Nous nous souvenons d’avoir lu, dans ses précédens recueils, des pièces remarquables de forme. A peine voyons-nous ici des vestiges effacés de cette habileté mécanique qu’il possédait. On avait reproché justement à ses premiers essais la faiblesse et la pâleur. La Poésie catholique est plus débile encore il n’y a pas en elle un souffle de vie.

Les Élévations religieuses de M. Hippolyte Barbier d’Orléans sont tout au plus orthodoxes. Certainement elles ne se flatteront pas, à l’instar de celles de M. Turquety, d’être catholiques. Elles protestent sans façon avec M. de La Mennais contre l’infaillibilité du pape. Elles sont indépendantes, protestantes, saint-simoniennes, tout à peu près, excepté religieuses. De fait, M. Hippolyte Barbier est moins un poète qu’un philosophe. Il se laisse aller, dit-il, de cœur et d’ame aux théories palingénésiques de M. Ballanche. Son introduction engage le lecteur à remarquer que ses pièces de poésie, toutes détachées qu’elles sont, ne doivent pas être jugées à part et indépendamment l’une de l’autre ; qu’il y a entre elles une étroite connexité, une progression suivie ; que la première explique la seconde, celle-ci la troisième ; ainsi de suite.

Il ne nous a pas été donné de découvrir cette merveilleuse homogénéité