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grandes villes au corps électoral, etc., etc. La motion fut écartée dans la chambre des communes par une majorité de trois cents voix contre soixante. Ce second essai tenté, Grey n’abandonna pas ses principes de réforme : loin de là, il ne négligea aucune occasion de les manifester ; mais il renonça à la tâche ingrate de les prêcher au parlement. On l’entendait se plaindre de ne trouver ni dans la chambre, ni dans la nation, l’énergie qu’eût nécessitée l’application de ses idées.

Depuis cette époque, Charles Grey continue de garder son siège au parlement ; mais il n’y fait, dans les rangs de l’opposition, qu’une figure secondaire : il se contente de critiquer les mesures du ministère tory et les opérations de la guerre, il se borne à peu près aux petites escarmouches des campagnes parlementaires.

En 1806, il fit partie de l’administration éphémère de Fox, en qualité de secrétaire pour les colonies. Son père fut alors créé lord Grey. Il mourut peu de temps après, et Charles Grey succéda, en 1807, à la pairie paternelle.

Le gouvernement se trouva réduit, en 1809, à une telle faiblesse, que le prince dut avoir recours à lord Grey et à lord Grenville, et leur confier le soin de former un nouveau ministère. Cette négociation n’eut point de suite. Lord Grey insistait sur la nécessité d’accorder l’émancipation des catholiques, et l’obstination du vieux roi ne voulut point se soumettre à cette mesure.

George III, après quelques premiers accès de folie, était tombé tout-à-fait en démence. La question de la régence avait excité déjà précédemment de violens débats. Le prince de Galles fut nommé régent sous de certaines restrictions, qui ne devaient toutefois être maintenues que durant une année. Se fondant sur les anciennes relations d’amitié du prince avec leurs chefs, les whigs avaient lieu de se flatter d’être prochainement replacés au pouvoir. Depuis 1784, ils n’avaient goûté qu’une fois les douceurs de la dignité et des revenus officiels, et encore pendant si peu de temps. Leur soif ambitieuse, loin de s’apaiser, n’était devenue que plus ardente. Ils devaient se voir, de nouveau, désappointés. Soit qu’il fût effrayé par les principes révolutionnaires importés de la France, soit, comme l’ont prétendu quelques-uns de ses amis, qu’il fût dominé par l’influence tory de la marquise de Hertford, le prince conserva près de lui les anciens conseillers de son père.