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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/725

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Sous ces acacias, les pieds dans la rosée,
J’ai quelquefois, dès l’aube, égaré la beauté ;
L’oiseau chantait à peine, et la fleur reposée
Assemblait un parfum chargé de volupté.

Après bien des détours dans l’ombre et sur la mousse,
L’aurore avec le jour amenait les adieux ;
En me disant demain, que sa voix était douce !
Que loin, en la quittant, je la suivais des yeux !

Puis je m’en revenais, solitaire et superbe,
Recevant le soleil et l’air par tous mes sens,
Cueillant le frais bouton, ramassant le brin d’herbe,
Et le cœur inondé d’harmonieux accens.

Voici toujours les lieux, les places trop connues,
Et l’ombre comme hier flottant dans ce chemin.
Vous toutes, seulement, qu’êtes-vous devenues ?
Et quelle autre, à mon bras, doit y marcher demain ?

Je n’ai point passé l’âge où l’on plaît, où l’on aime ;
Mes cheveux sont touffus et décorent mon front ;
Les regards de mes yeux ont un charme suprême,
Et, bien long-temps encor, les ames s’y prendront.

Mais que pour cette fois ce soit une belle ame,
Tendre et douce à l’amour, et légère à guider,
Qui de jeunes baisers rafraîchisse ma flamme,
Me couvre de son aile et me sache garder ;

Qui des rayons de feu que lance ma paupière,
Réfléchisse en ses pleurs la tremblante clarté,
Et, sans orage au ciel, sans trop vive lumière,
Se lève sur le soir de mon rapide été !

Que l’oubli du passé me vienne à côté d’elle ;
Que, rentré dans la paix, je craigne d’en sortir ;…
Que cet amour surtout, bien que noble et fidèle,
Au cœur pieux des miens n’aille pas retentir ! »

Pour achever ces indiscrétions sur l’auteur d’Arthur, je dirai que si celui de Volupté l’avait connu, il semblerait avoir songé à lui expressément dans le portrait de l’ami de Normandie.

C’est qu’en effet les idées religieuses, qui sont l’amour encore, l’amour rectifié et éternisé, vinrent à cette ame voluptueuse et sensible. Ce négligent et tendre poète d’élégies, jeté dans la retraite des champs, lut l’Évangile, les Pères du désert, le théosophe Saint-Martin, et de cette semence bien distribuée de lectures,