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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/723

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Et cet autre début d’explosion passionnée :

Oh ! ’pourquoi dons tes yeux cette douleur rêveuse,
Ce trouble en tes discours ?
Tu m’aimes, je t’adore, et tu n’es pas heureuse !
Qu’ai-je fait de tes jours ?


Nous passons dans le monde étrangers à sa joie,
L’un vers l’autre attirés ;
De crainte, d’espérance incessamment la proie,
Unis.., et séparés.

La pièce intitulée les Étoiles, qui n’a d’ailleurs rien de commun que l’objet éthéré avec la méditation de Lamartine, est un chef d’œuvre d’élégie idéale, sauf une faute de grammaire au milieu qu’il serait bien aisé de corriger : notre tendre poète sait mieux en effet la guitare que la grammaire, et il s’est mépris à la règle des quelque.

Aisément lié par sa promptitude de cœur, sa dévotion pour la poésie et sa jeunesse d’imagination, avec les générations survenantes, M. Guttinguer a mérité, vers 1830, de son ami Alfred de Musset, ce poétique hommage qui commence magnifiquement ainsi :

Ulric, nul œil des mers n’a mesuré l’abîme,
Ni les hérons plongeurs, ni les vieux matelots :
Le soleil vient briser ses rayons sur leur cime,
Comme un guerrier vaincu brise ses javelots !


Ainsi nul œil, Ulric, n’a mesuré les ondes
De tes fortes douleurs, etc.

Moi-même entré dans ses confidences d’alors, ému de ses souvenirs plus que des miens, j’ai rêvé avec lui, près de lui, sous ces ombrages qu’Arthur sait si bien décrire, un grand roman poétique et qui était déjà commencé, quand Juillet est venu pour toujours l’interrompre : c’était un de ces romans de loisir et que la restauration seule pouvait encadrer. Je demande d’en citer un passage (prose et vers), qui me semble fidèlement reproduire l’impression élégiaque sous laquelle j’avais conçu le héros. Ce héros, qui n’était autre qu’Arthur, qu’Ulric lui-même, s’exprimait ainsi dans le prélude du récit de cette passion dernière qui l’allait envahir, mais qui se dérobait encore comme sous un léger rideau de saules, au bord de son beau fleuve normand :