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ont des portes ou des grilles qui se ferment la nuit. D’autres rues sont couvertes de treilles, et cette verdure inattendue entretient une fraîcheur précieuse dans cette partie de la ville. Les boutiques s’y trouvent en grand nombre, et presque toutes sont tenues par des Algériens, dont le costume brillant contraste avec la simplicité marocaine. Ces Algériens paraissent beaucoup plus civilisés, et passent pour entendre les affaires et le commerce. La population indigène a pour eux de l’éloignement, peut-être par la seule raison qu’ils lui sont supérieurs ; elle leur reproche leur luxe, leur tiédeur religieuse, et peu s’en faut qu’elle ne les traite comme les Turcs, en hérétiques.

Tout ce quartier, qu’on pourrait appeler le quartier algérien, est assez propre et assez vivant. Il faut rendre à la cité maure cette justice, qu’elle est moins immonde et moins fétide que la juiverie ; les rues sont étroites, tortueuses, pleines de cailloux roulés, et quelques-unes horriblement escarpées ; mais enfin on y peut circuler, ce qui n’est pas toujours facile chez le peuple d’Israël, où des montagnes d’immondices ferment souvent le passage. On vend dans ce bazar, al Caïsseria, des soies écrues, des pantoufles, des ceintures de Fez, et tous les objets de mercerie et de joaillerie à l’usage des habitans. On fabrique bien aussi à Tétouan des ceintures, mais celles de Fez sont plus estimées, soit que la fabrication y ait été plus perfectionnée, ce qui n’est pas difficile à concevoir quand on a vu les métiers de Tétouan, ou que le fil d’or qui entre dans leur composition soit d’une qualité supérieure. Ces tissus, rouge et or, pour la plupart, sont assez riches, et fort du goût des femmes juives et moresques ; cependant elles préfèrent encore les soieries françaises, et Lyon, ou toute autre place, pourrait se créer au Maroc d’importans débouchés.

Les autres produits de l’industrie indigène sont les asulejos, ou briques vernissées qui pavent toutes les cours et les appartemens, et les esteras, nattes de sparte qu’on fait très bien à Tétouan, et à des prix incroyablement bas. On y fabrique aussi de la poudre, du tabac, des vases de terre, et force pantoufles ; mais l’article dont l’amour-propre tétouanais s’enorgueillit le plus, ce sont les fusils. Quoique cette industrie soit, comme toutes les autres, encore bien grossière, elle a quelque renommée dans le pays. Les Marocains sont très jaloux de leurs armes, et ils s’en font une