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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/671

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démagogues et les carlistes, traitât avec ces derniers, si le pouvoir du prétendant pouvait s’établir dans ces conditions normales de force et de durée qui permettent de contenir toutes les imprudences. Quelles que soient les dissidences de principes, on s’arrange, en effet, de tous les gouvernemens assez solidement établis pour pouvoir être modérés ; et la monarchie nouvelle n’en est pas à ignorer pour son propre compte ce qu’elle a sur ce point si utilement enseigné à l’Europe. Malheureusement ceci ne saurait s’appliquer à l’Espagne, et les illusions qu’on a pu se faire à cet égard seront éternellement regrettables. On devait voir la position telle que l’ont faite l’histoire, les mœurs et les circonstances locales, et comprendre qu’il s’agissait de l’anarchie sous le drapeau de la foi comme sous celui de 1820 ; il fallait voir dans un prochain avenir l’agonie d’un grand peuple exploité par toutes les mauvaises passions, devenant pour la France une source de précautions ruineuses, pour l’Espagne d’horreurs sans fin, pour le monde de scandales à se voiler la tête.

Notre concours aurait-il prévenu ces dangers, sauvé la vie à de nombreuses légions de martyrs, épargné aux armées de l’Europe l’exemple de la Granja, qui, après avoir eu ses parodistes à Strasbourg, peut avoir autre part ses imitateurs ? Une intervention, même très limitée quant aux forces militaires, aurait-elle suffi pour maintenir le gouvernement aux mains des hommes honorables que la nation entourait d’une adhésion manifeste, quoique timide, pour pacifier la Navarre, et rendre à la sécurité le pays du continent qui, depuis un siècle, a offert à notre commerce les débouchés les plus constamment favorables ? Questions graves, sans nul doute, mais auxquelles j’ose répondre affirmativement, en déplorant qu’une gloire si digne d’elle n’ait pas été acquise à la France, et qu’on ait espéré sortir par des expédiens d’une crise qu’il fallait embrasser dans toute sa gravité.

Les adversaires de l’intervention, qui affectaient de redouter pour notre armée les résistances matérielles, ont dû se convaincre par ce qui s’est passé depuis, de la faiblesse égale des deux factions, et de l’adhésion certaine de ce pays à une mesure qui l’arrachait à de si effroyables calamités. Lorsque déjà en 1823 tous les partis se réfugiaient avec bonheur sous notre égide protectrice, l’Espagne n’avait pas vu ses généraux devenus la risée de l’Europe, ses meilleurs citoyens massacrés, ses provinces au pillage, son gouvernement, comme les partis, tombé dans une atonie radicale et honteuse. Et comment craindre en 1835, une explosion de ces haines de 1808, remplacées depuis par de si vives sympathies ? Préoccupation qu’on ne s’arrêtera pas, du reste, à discuter trop sérieusement, car elle ne pouvait s’exploiter que dans quelques journaux, ou bien encore dans les couloirs de la chambre. Quant à la Bourse, l’adversaire