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de la représentation nationale n’eut pour effet que de la rejeter vers ces discussions de principes, qui ne sont jamais plus séduisantes et plus dangereuses que lorsqu’elles paraissent interdites. On sait qu’à l’ouverture de la session, une déclaration des droits fut proposée [1], et sanctionnée, malgré l’opposition du ministère, sous l’empire de ces préoccupations inquiètes, qu’il eût été plus habile de ne pas faire naître. Dans la situation des esprits en Espagne, à l’avènement d’Isabelle, il y eût eu bien moins d’inconvéniens que d’avantages à faire participer les chambres législatives à la confection de la loi fondamentale. Les dispositions du statut royal auraient été indubitablement sanctionnées par une adhésion presque unanime, et l’on enlevait par avance aux hommes de 1820 leur principal champ de bataille. En proclamant le principe de l’octroi royal, M. Martinez de la Rosa, comme avant lui M. de Zéa, songea moins à l’Espagne qu’à l’Europe ; et c’était donner à ses adversaires une position dont ils ne pouvaient manquer de profiter à la première chance favorable. La révision du statut, à raison de son origine, devint en effet le programme des juntes et du ministère Mendizabal.

Quoi qu’il en soit, nonobstant une réserve dont la responsabilité ne leur appartient pas tout entière, MM. Martinez de la Rosa et de Toréno se sentaient soutenus par cette force intime qui gît toujours au centre des véritables intérêts nationaux. Leur modération et leur sens politique, leurs intentions droites et leurs lumières, cette attitude d’un pouvoir croyant en lui-même et en son œuvre, avaient vite rallié ces opinions flottantes qui, en Espagne plus qu’ailleurs, demandent à être protégées et conduites. Bientôt l’entrée dans l’estamento des procuradorès de MM. Argüelles et Galiano, immobiles représentans de la constitution de 1812, rendit la majorité ministérielle plus compacte et plus décidée. D’utiles réformes furent essayées, d’autres plus importantes étaient en projet, et malgré bien des erreurs inséparables d’une situation aussi grave, on pouvait dire qu’un pouvoir doué de prévoyance et de quelque dignité présidait enfin aux destinées de l’Espagne.

L’opinion publique semblait se former à cette école si nouvelle. Malheureusement cette opinion était trop faible encore pour soutenir efficacement un ministère contre les complications que les évènemens de Navarre allaient bientôt susciter. M. de Zéa-Bermudez était tombé devant une révolution qu’il s’obstinait à méconnaître ; tout entier à la lutte parlementaire, son successeur tomba devant une guerre civile, dont il se dissimula d’abord la gravité.

L’inconvénient des convictions fortes est parfois de faire illusion sur les obstacles, et tel semble avoir été le principal tort du ministère espagnol

  1. 1er septembre 1834.