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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/660

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En face de l’opinion carliste se présente l’opinion libérale, divisée en deux grandes fractions. L’une, qui s’appelle par essence l’opinion constitutionnelle, a pris l’acte de 1812 non pour symbole, mais pour drapeau. Quelle est sa force véritable dans la Péninsule ; avec quels hommes et quelles idées se produisit-elle dans la lutte actuelle ? sa victoire sur le système successivement représenté par MM. Martinez de la Rosa, de Toreno et Isturitz fut-elle l’expression d’un vœu national ou l’œuvre de circonstances transitoires ?

Le pouvoir est la pierre de touche des partis ; c’est au pouvoir seulement qu’ils donnent leur mesure. Il était donc difficile, en 1833, d’apprécier les ressources et l’avenir du parti qui se posait pour la première fois devant les deux autres, car l’opinion bicamériste n’avait eu jusqu’alors en Espagne ni corps de doctrines, ni organes avoués. Mais le parti de la constitution de Cadix avait possédé tout cela. Nous l’avons étudié en 1812 dans son orgueilleuse inexpérience, en 1820 dans sa brusque transformation militaire ; nous avons vu les théoriciens céder presque sans résistance la place aux hommes d’épée, l’intelligence s’abaisser devant la force, Arguelles devant Riégo. C’est à ce point que se trouvait amené, au moment de l’invasion française, le parti démocratique, et c’est à ce point qu’on le retrouve à sa rentrée en Espagne sous Marie-Christine ; et peut-être est-il digne de remarque que l’acte par lequel le ministère Mendizabal scella son alliance avec lui, fut la réhabilitation solennelle d’un homme dans lequel ce parti honorait moins la triste victime d’une réaction politique que le fougueux représentant de ses vœux et de ses rêves [1]. Pour apprécier la force réelle de l’opinion de 1820, n’oublions pas avec quelle promptitude elle laissa choir sans le défendre le code immortel de 1812, à l’apparition des premiers bataillons français ; reportons-nous surtout à l’universel enthousiasme qui sembla faire de l’invasion de 1823 une délivrance. Ce n’était pas en effet parmi les populations rurales seulement qu’éclatèrent ces témoignages d’adhésion, et les acclamations au roi absolu n’en étaient pas l’accompagnement nécessaire. Les villes les plus notoirement connues pour leurs idées libérales ouvraient sans résistance leurs portes à l’étranger ; elles contemplaient avec une ambition triste et jalouse ces soldats, heureux fils d’un pays où la liberté régnait sans violences : tous les vœux se tournaient vers la France, tous les regrets se reportaient vers l’Espagne. Les généraux en masse et la plus grande

  1. Un décret du 30 octobre 1833 a prononcé la réhabilitation de don Raphaël Riego, en disposant : 1° que ce général était réintégré dans sa réputation et dans son honneur ; 2° que sa famille jouirait de la pension et des droits à lui appartenant ; 3° que cette famille était placée sous la protection spéciale de la reine, et sous celle de la régente durant la minorité.