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et M. Adolphe Dumas, en choisissant pour thème dramatique deux personnages que Byron et Goëthe ont immortalisés, n’a pas pris le parti le plus sage. Mais toutes ces remarques, dictées par une impartialité bienveillante, ne sauraient détruire l’intérêt qui s’attache à la Fin de la comédie ; car cette pièce, quel que soit le succès que l’avenir lui réserve, n’est pas une pièce de faiseur, et, à nos yeux, c’est une puissante recommandation. S’il est vrai, comme on le dit, que MM. les comédiens ordinaires, sans tenir aucun compte des applaudissemens qu’ils ont prodigués à M. Adolphe Dumas, se disputent maintenant à qui ne jouera pas les rôles de sa pièce, et se préparent à décourager l’auteur par les fins de non recevoir qui ne manquent jamais aux hommes de mauvaise volonté, nous ne lui conseillerons pas de s’adresser au tribunal de commerce, car les drames représentés par autorité de justice sont rarement heureux ; et, fussent-ils cent fois excellens, le directeur et les acteurs, après les trois soirées légalement exigibles, sauraient bien s’en débarrasser. Mais nous l’engageons à porter ailleurs une pièce qui pourrait vieillir dans les cartons.

Julie ou la Famille, comédie en cinq actes et en prose, de M. Empis, reçue à l’unanimité et avec acclamations par MM. les comédiens ordinaires, nous préoccupe moins vivement que la Fin de la comédie. Depuis long-temps nous savons que penser du goût de MM. les comédiens ordinaires, et surtout du génie de M. Empis. Seul, ou en société avec M. Mazères, M. Empis a plus d’une fois donné sa mesure. La Mère et la Fille et Une Liaison ont enseigné aux moins clairvoyans ce qu’il faut attendre de cet habile et fécond écrivain. Plus récemment Lord Novart nous a montré comment ce poète moraliste comprend la peinture des mœurs parlementaires. A Paris, à Vienne, à Londres, M. Empis est toujours le même, verbeux et trivial, emphatique, déclamateur ; il trouve toujours, et partout, le moyen d’éviter les scènes qu’il pose. Aussi verrons-nous avec une parfaite indifférence Julie ou la Famille paraître sur l’affiche du Théâtre-Français.

Nous faudra-t-il donc souhaiter la Camaraderie de M. Scribe ? On ne parle plus de la Grand’mère, dont le rôle principal était destiné à Mlle Mars ; comme M. Scribe n’est pas habitué à travailler pour la seule gloire de son nom, il est probable que cette grand’mère, dont Mlle Mars n’a pas voulu, paraîtra quelque jour sur le boulevart Bonne-Nouvelle, ou rue Lepelletier, sous la forme d’un vaudeville ou d’un ballet. Qui sait même si M. Halevy ne se chargera pas de la mettre en musique ? Pour l’auteur de la Juive qu’y a-t-il d’impossible ? Ainsi la saison s’ouvrira par la Camaraderie. Or, la camaraderie littéraire n’est plus aujourd’hui qu’un mot sans valeur, un mot qui ne répond à rien ; la camaraderie littéraire