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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/606

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et en purent jouer aux osselets. Afin de rendre la tempérance et la sobriété recommandables, Lycurgue voulut qu’on dînât en public, comme du temps de la terreur. Un bâtiment fut construit tout exprès, crainte de la pluie et des mouches ; là, chaque citoyen, tous les mois, était tenu d’envoyer ses provisions, non pas en chevreuils ou homards, ni poissons frais de chez Mme Beauvais, mais en farine, fromage, carottes, vin du cru, et deux livres et demie de figues. Jugez des ripailles qui se faisaient là. Agis lui-même, après une victoire, fut réprimandé vertement pour avoir dîné au coin de son feu avec madame la reine, sa femme, et peu s’en fallut qu’on ne le mît au pain sec. Point de viande donc, mais force brouet ; on en a perdu la recette, au grand dommage de la postérité. Ce devait être un cruel potage ! Denys-le-Tyran le trouvait insipide, nous dit Goldsmith en ses Essais ; mais d’un tyran rien ne m’étonne, ces gens-là boivent du vin pur. Lycurgue n’entendait pas cela, non plus que Solon, car, à Athènes, un archonte ivre était puni de mort. Revenons à Sparte. Au lieu de confier à père et mère l’éducation des petits enfans, on en chargeait des instituteurs publics. Lycurgue était si fort en peine d’avoir de beaux hommes dans l’armée, qu’il voulut prendre soin des enfans jusque dans le ventre de leurs mères, mettant celles-ci au régime, et leur faisant faire de bonnes courses à pied, promenades et exercices propres à les récomforter ; ceux qui naissaient mal conformés étaient condamnés à périr, et, par amour pour la plastique, on les jetait, dans une serviette, du haut en bas du mont Taygète. Les beaux garçons, l’état les adoptait et les élevait martialement, les faisait marcher pieds nus, passer les nuits à la belle étoile, leur défendait de choisir dans le plat les pommes qui n’étaient pas pourries, les habituait à aller à la cave sans chandelle, la tête rasée, sans vêtement, et à se donner, par dessus tout, de bons coups de poings les uns aux autres. Tous les ans, pour leur récompense ; on les fouettait publiquement au pied de l’autel de Diane, mais je dis fouetter d’importance, et celui qui criait le moins, on le couronnait vert comme pré. Que les parens devaient être aises ! A eux, d’ailleurs, permis de voler ; c’était aux fruitières à garder leurs boutiques. Quant aux jeunes filles, même sévérité ; point de mari avant vingt ans ; des amoureux tant qu’elles voulaient ; courir, lutter, sauter les barrières, tels étaient leurs amusemens ; et de peur qu’en ces