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dans les trois systèmes alphabétiques, on peut raisonnablement espérer que la lecture de l’un amènera la lecture des autres, comme l’inscription de Rosette a mis sur la voie de l’interprétation des hiéroglyphes.

Or, l’alphabet cunéiforme qu’on avait commencé à déchiffrer, et dont M. Burnouf vient de donner une explication beaucoup plus complète et beaucoup plus satisfaisante que toutes celles qui l’avaient précédée, c’est précisément l’alphabet des monumens de Persépolis ; la langue à laquelle on l’a appliqué sur les monumens, est nécessairement la langue qu’on parlait en Perse, quand ils y furent construits ; dès-lors, on conçoit quel avantage donnaient à M. Burnouf, pour en essayer la lecture, ses travaux sur la langue de Zoroastre. Après avoir, pour ainsi dire, découvert celle-ci, il était plus que personne en mesure de s’aider de cette découverte pour en faire une autre, celle de la valeur des caractères inconnus employés dans les inscriptions ; car, dans la route de la science, aucun pas n’est perdu, et le but que l’on touche est toujours un point de départ pour aller plus loin.

Pour apprécier le progrès que M. Burnouf a fait faire à la connaissance de l’alphabet persépolitain, il est nécessaire de retracer sommairement les efforts tentés avant lui dans la même voie.

Le premier pas ne fut pas heureux. M. Lichtenstein publia, en 1803, un système de déchiffrement complet. Rien n’y manquait, tout était expliqué sans hésitation et sans difficulté. Malheureusement, il était parti de l’idée que les caractères qu’il interprétait étaient disposés de droite à gauche comme les caractères hébreux, et ils vont de gauche à droite comme les nôtres. Cette seule erreur rendait inutile tout son travail. Que dirait-on d’un homme qui, pour déchiffrer une écriture difficile, lirait tous les mots à rebours ? Le bon savant n’en était pas moins sûr de son fait et expliquait imperturbablement ses inscriptions sans avoir rencontré juste pour une lettre.

Quelques savans moins aventureux, le respectable évêque de Copenhague, M. Munther, et M. Tychsen, avaient fait quelques tâtonnemens plus judicieux, mais bien peu décisifs, quand M. Grotefend vint ouvrir la carrière par un de ces traits de sagacité heureuse, de divination hardie, qui jouent un si grand rôle dans l’histoire des découvertes humaines ; vrais coups de tête de la