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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/595

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dominent toutes les religions. Pour ne parler que des hérésies, le gnosticisme a souvent matérialisé ou personnifié des idées abstraites empruntées au christianisme.

Enfin M. Burnouf, en faisant reparaître la ressemblance de certaines dénominations persanes avec des dénominations correspondantes en sanscrit, montre de curieux rapports entre la religion de Zoroastre et celle des Brahmanes à son état le plus ancien. Ces rapports forment le pendant des rapports qu’il a découverts entre le zend et le vieux sanscrit des Védas. Ils nous font remonter par-delà l’époque de la séparation des deux langues, des deux religions, des deux peuples jusqu’à leur plus antique origine.

Je n’ai pas encore parlé de la plus importante des applications que M. Burnouf a faites de l’instrument qu’il a construit lui-même. La connaissance intime des procédés et des lois de la langue zende l’a aidé puissamment dans une entreprise difficile, la lecture d’inscriptions recueillies à Hamadan, l’ancien Ecbatane, et dont l’alphabet est semblable à celui des inscriptions de Persépolis.

Il n’y a qu’une trentaine d’années qu’on a commencé à déchiffrer cet étrange alphabet, l’un de ceux qu’on a nommés cunéiformes, parce que chacune des lettres qui le composent est formée de plusieurs incisions, ayant la forme de coin, et représentant exactement l’entaillure du ciseau. Ce genre d’écriture se trouve gravé sur les majestueux débris de Persépolis et sur les gigantesques ruines de Babylone. Les briques de Babylone en sont couvertes ; il accompagne les monumens figurés dont il contient probablement l’explication. Quand on l’aura complètement déchiffré, il est vraisemblable qu’on pénétrera quelques secrets de la religion et de la science chaldéenne. Quand on aura lu ce qui est écrit sur les briques du temple de Belus, dans lequel on s’accorde à reconnaître la tour de Babel, on saura ce que pensaient ceux qui l’ont élevée.

On a déjà reconnu l’existence de trois de ces alphabets, composés des mêmes élémens, ou mieux du même élément unique, le coin, et ne différant entre eux que par un degré plus ou moins grand de complications dans les figures des lettres que forme le coin, en se répétant et se plaçant dans des positions diverses. De ces alphabets, il n’en est qu’un seul qu’on puisse se flatter de déchiffrer aujourd’hui ; mais comme les mêmes inscriptions sont souvent répétées