Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/584

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


en Orient chercher les livres de Zoroastre, dont plusieurs avaient déjà été apportés en Angleterre, et les Védas de l’Inde, dont personne en Europe ne connaissait autre chose que le nom [1]. Dénué de toute ressource, le jeune Anquetil imagina, pour passer aux Indes, de s’enrôler comme soldat dans la troupe qu’on envoyait à Pondichéry, et qui était le rebut de l’armée française. Il partit de Paris pendant l’hiver, avec les recrues qui s’acheminaient vers le port de Lorient, emportant une Bible hébraïque, Montaigne, Charron, un étui de mathématiques, deux chemises, deux mouchoirs et une paire de bas. Arrivé à Lorient, on lui remit son engagement de la part du ministre. Touchés de son zèle, quelques savans, au nombre desquels était l’abbé Barthélemy, avaient obtenu pour lui une pension de 500 livres et son passage à Pondichéry.

Aux Indes, Anquetil eut à lutter contre tous les genres de difficultés et d’obstacles. Quand il présenta sa lettre de recommandation au gouverneur des établissemens français, en lui expliquant le plan qu’il avait formé, celui-ci lui répondit sans le regarder : Il faut voir… et il mit la lettre dans sa poche. Le début n’était pas encourageant.

Anquetil n’avait alors qu’une idée bien confuse de l’objet de ses recherches. Il flottait entre les Védas et les livres de Zoroastre, qu’il voulait également recueillir et rapporter dans sa patrie. Sans guide, sans direction, sans argent, ne sachant pas plus le sanscrit que le zend, n’ayant pour trésor et pour appui qu’une volonté inébranlable et un enthousiasme passionné, il s’était jeté dans cette quête aventureuse comme ces chevaliers de roman qui allaient au bout du monde conquérir un empire inconnu, ou une princesse qu’ils n’avaient vue qu’en songe. Après avoir lutté contre des maladies qui le réduisirent plusieurs fois à la dernière extrémité, contre les séductions que son âge, sa figure, les mœurs et le climat de l’Inde multipliaient sous ses pas, Anquetil vit encore ses plans traversés par les désastres de la guerre ; enfin la calomnie et l’outrage vinrent assaillir celui qui, dévoué à son pays, au milieu des préoccupations de l’étude, avait risqué sa vie pour aller,

  1. Voyez Anquetil-Duperron, discours préliminaire du Zend-Avesta.