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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/555

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pour M. Van den Ende, et je désirais vivement m’entretenir avec un homme aussi expérimenté sur les matières qui nous sont si chères à l’un et à l’autre. Il ne faut pas oublier non plus que le guide qui m’avait été donné par le gouvernement hollandais, M. Schreuder, inspecteur d district de Gouda, avait été lui-même, avant 1830, directeur de l’école normale de Lierre. Je ne manquais donc d’aucun moyen de bien connaître et d’apprécier l’école normale primaire de Harlem.

M. Van den Ende vit encore, mais l’âge et un grand malheur domestique qui lui est récemment arrivé, l’ont fort abattu. Il a depuis 1833 donné sa démission de ses fonctions, et il se préparait même à quitter Harlem et à se retirer à la campagne pour y finir sa vie. Je n’ai pu le voir et l’entretenir qu’une seule fois ; mais notre conversation a été longue et pleine d’abandon. Il m’a paru touché de mon voyage en Hollande et m’a dit avec une émotion visible : « Monsieur, je vous reçois dans la même chambre où, il y a vingt-cinq ans, j’ai reçu M. Cuvier. » Il a appris de moi, avec une grande satisfaction, que M. Cuvier laisse un frère qui, lui-même, aime beaucoup et entend parfaitement l’instruction du peuple. Il connaissait mes travaux sur les écoles de Prusse, ainsi que les efforts que nous faisons en France depuis 1830. Si j’avais eu besoin d’encouragemens pour persévérer, en dépit de tous les obstacles, dans la carrière où je suis entré, je les aurais trouvés dans les paroles du vénérable vieillard. Il m’a rappelé par sa haute taille, l’air de son visage, le son de sa voix et ses manières affectueuses, un autre vieillard, que j’ai aussi beaucoup aimé, M. Jacobi.

De peur de trop fatiguer M. Van den Ende, je n’ai voulu consulter son expérience que sur un très petit nombre de questions, parmi lesquelles je mets au premier rang celle de l’enseignement religieux dans les écoles primaires. Sur ce point comme sur tous les autres, M. Van den Ende est invinciblement attaché à la pratique hollandaise, et il m’a dit, comme M. Vijnbek, son successeur actuel à La Haye : « Oui, les écoles primaires doivent être en général chrétiennes, mais ni protestantes ni catholiques. Elles ne doivent appartenir à aucun culte en particulier et n’enseigner aucun dogme positif ; de telle sorte que les juifs eux-mêmes puissent, sans inconvéniens pour leur foi, fréquenter les écoles. » - « Il ne