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vie tandis que des maîtres façonnés à plus grands frais, avec une culture plus recherchée, courent le risque d’être beaucoup moins propres au pénible métier qui les attend, ne s’y résignent que comme à un pis-aller et le quittent le plus tôt possible. Voilà le bon côté de cette méthode, mais elle a aussi de grands inconvéniens. Elle est très favorable à l’esprit de routine. Tous les défauts qui sont une fois dans une école s’y enracinent, l’écolier adoptant d’abord aveuglément et reproduisant ensuite avec une fidélité intéressée la manière du maître duquel il attend tout ; et de longues générations d’instituteurs peuvent se succéder sans que l’instruction primaire fasse un seul pas. Il importe sans doute de ne point élever les jeunes maîtres pour une autre profession que la leur ; mais il ne faut pas non plus les tenir comme à la glèbe de l’école il faut cultiver leur esprit et leur ame, en faire des hommes éclairés, capables à leur tour d’éclairer les autres, ayant même des manières, sinon élégantes, au moins convenables, donnant ainsi à l’établissement qu’ils dirigent plus de relief, plus d’autorité à leur enseignement, et entretenant de meilleurs rapports avec les magistrats et avec les familles. De là l’idée des écoles normales primaires. Cette idée a partout prévalu en Allemagne ; mais elle n’avait pas encore pénétré en Hollande, quand M. Cuvier fit son inspection et son rapport. Aussi sans repousser absolument les écoles normales primaires, mon illustre collègue au Conseil royal de l’instruction publique les redoutait un peu, et il leur préférait l’ancienne et judicieuse pratique dont il avait vu de si bons résultats en 1811. Pour moi, partisan déclaré des Seminarien für Schullehrer de l’Allemagne, j’attachais la plus grande importance aux écoles normales primaires, et j’y plaçais tout l’avenir de l’éducation du peuple. Aujourd’hui l’autorité de la Hollande manquerait à M. Cuvier ; car la Hollande, en perfectionnant son système d’instruction primaire, en est elle-même arrivée aux écoles normales pour la meilleure formation des maîtres d’école. Le gouvernement s’est bien gardé de renoncer à l’ancienne méthode qui est très bonne ; mais, en la maintenant, il a établi en 1816 deux écoles normales primaires, l’une à Harlem pour la partie septentrionale du royaume, l’autre à Lierre, près d’Anvers, pour la Belgique. Il s’en était déjà formé une autre à Groningue, sous les auspices de la Société du bien public, et, de l’aveu de tout le monde, ces