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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/494

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littérature. Quelques Islandais apprennent encore dans les écoles à lire et à écrire, mais ceux qui se distinguent dans ces premiers élémens d’instruction sont proclamés savans, et ceux qui veulent arriver au plus haut faite de la science, lisent les bulles des papes et les immunités de l’église. Pendant l’espace de trois siècles, on ne trouverait pas dans tout le pays, un seul homme comparable aux écrivains du XIIe siècle. L’Islande ne produit que de pâles lambeaux d’annales et des prières rimées. Quelques habitans apprennent l’anglais et l’allemand par suite de leurs relations avec les marchands d’Angleterre et de Hambourg. Mais on voit à Skalholtet à Hoolum, des évêques qui ne savent même pas le latin. Au XIVe siècle, un moine nommé Eystèin se rendit célèbre par la publication d’un poème intitulé le Lys. Mais ce poème n’est qu’une froide paraphrase des premiers chapitres de la Genèse et de l’histoire de la passion de J.-C. Un autre Islandais, Bioern, se fit une certaine réputation par ses voyages. Il avait visité le Groenland, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et la Terre-Sainte. On croit qu’il avait écrit plusieurs livres sur ces différens pays, mais il ne nous en est resté aucun.

La réformation vint réveiller les esprits de leur torpeur. Le mouvement d’intelligence qui s’opérait alors en Allemagne et en Danemark atteignit aussi l’Islande. On fonda une imprimerie, on réforma les écoles. Quelques bons livres, furent publiés ; quelques hommes instruits et zélés répandirent autour d’eux le goût des lettres. A cette époque de régénération, l’Islande ne produisit, il est vrai, aucune œuvre éclatante, mais elle se sentait ravivée par l’étude. Plusieurs Islandais érudits se mirent à écrire. Les uns suivaient les controverses religieuses dont toute l’Europe était alors occupée. D’autres cherchaient à recueillir les nouvelles notions scientifiques publiées par la France et l’Allemagne et les transmettaient à leurs pays. On vit paraître alors des dissertations intéressantes sur l’histoire naturelle d’Islande, plusieurs traités de médecine et de physique qui n’étaient point en arrière de ceux qui s’imprimaient alors dans les autres parties de l’Europe, et surtout beaucoup d’annales historiques. Ces annales sont froides, dépourvues de mouvement et de toute idée philosophique. Ce n’est pas là de l’histoire comme nous l’entendons aujourd’hui. Mais les faits sont racontés d’une manière précise, étagés avec soin par ordre chronologique ; et si ces livres sont monotones à lire, ils sont au moins intéressans à consulter, car ils ont été faits avec conscience. Les plus estimés sont ceux d’Arngrim Johnsen [1], quoique ce ne soient que des précis historiques bien pâles, et quelquefois entachés d’une singulière crédulité. On peut lire aussi avec confiance les

  1. Crymogoea, sive rerum islandicarum, libri tres.
    Specimen Islandioe historicum,