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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/469

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romaine. Mais, à part ces modifications assez secondaires et d’ailleurs antérieures en date, la principale ligne de doctrine de l’abbé de La Mennais, surtout depuis son Essai sur l’Indifférence, n’avait pas fléchi. Son but était grand : c’était de ramener la société indifférente ou matérialiste au vrai spiritualisme, au vrai christianisme comme il l’entendait, c’est-à-dire au catholicisme romain. Il y a dans sa conduite d’alors et dans sa tendance d’aujourd’hui cette véritable, cette seule ressemblance, à savoir, qu’il ne s’est jamais borné et même qu’il n’a guère jamais aimé à envisager le christianisme, comme tant de grands saints l’ont fait, par le côté purement intérieur et individuel, par le point de vue du salut de l’ame et des ames prises une à une, mais qu’il l’a embrassé toujours de préférence (et, en exceptant, si l’on veut, son Commentaire sur l’imitation et sa traduction de Louis de Blois), par le côté social, par son influence sur la masse et sur l’organisation de la société ; et c’est ainsi qu’il se portait avant tout pour la défense des grands papes et des institutions catholiques. « Jésus-Christ, disait-il en 1826 [1] ne changea ni la religion, ni les droits, ni les devoirs ; mais en développant la loi primitive, en l’accomplissant, il éleva la société religieuse à l’état public, il la constitua extérieurement par l’institution d’une merveilleuse police, etc. » Toutefois les moyens que M. de La Mennais proposait et exaltait jusqu’à la veille de juillet 1830, étaient, il faut le dire, séparés du temps actuel et de sa manière de penser présente, par un abîme. Si l’on relit ses mélanges extraits du Conservateur et du Mémorial catholique, ses beaux pamphlets, De la Religion considérée dans ses Rapports avec l’Ordre politique et civil (1826), Des Progrès de la Révolution (1829), ses deux Lettres à l’Archevêque de Paris (mars et avril 1829), on l’y voit ne jamais séparer dans son anathème les doctrines libérales ou démocratiques d’avec les doctrines hérétiques et impies, subordonner le prince au pape, l’épiscopat à Rome, soutenir en tout et partout l’intervention et la prédominance légitime du pur catholicisme. Si M. Odilon Barrot défend un citoyen qui n’a pas voulu tapisser sa maison un jour de Fête-Dieu, l’abbé de La Mennais accuse l’avocat de prêcher une loi-athée. Si un écrivain, dans un livre intitulé Manifestation de l’Esprit de Vérité, s’arme de

  1. De la Religion considérée dans ses Rapports avec l’ordre politique et civil.