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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/369

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déjà vu, est soupçonné par eux, selon lui, d’être un espion, fouillé le lendemain, reconnu effectivement pour espion et forcé de s’avouer tel. Dans l’intervalle, le soir même de son arrivée, il aurait fait part à M. de Montebello (qui ne le connaissait pas, qui ne l’avait jamais vu, et qui aurait été prévenu de sa mission par une lettre du ministère de l’intérieur), des soupçons dont il était l’objet. L’ambassadeur lui aurait dit qu’il fallait s’éloigner, de revenir le lendemain, que le premier secrétaire de l’ambassade, M. de Belleval, lui donnerait un nouveau passeport et de l’argent. Le lendemain, après avoir tout avoué aux réfugiés italiens, Conseil se serait rendu à la chancellerie de l’ambassade et aurait reçu un passeport avec de l’argent, pour voyager en Suisse et y continuer sa mission d’espionnage parmi les réfugiés, dont M. de Belleval, premier secrétaire de la légation, lui aurait dicté une liste. Munis de ces pièces de conviction, les réfugiés italiens n’auraient pas perdu de vue Conseil un seul instant, et enfin, après lui avoir fait subir un nouvel interrogatoire, en présence de personnages sans autorité légale, dont un réfugié valaisan, chassé depuis du canton de Berne pour menées coupables [1], ils le firent arrêter à Nidau par le préfet de cette ville. De là, il fut transporté dans les prisons de Berne, et on ordonna une enquête dont la majorité du conseil exécutif de Berne décida ensuite que le résultat serait porté devant la diète, contrairement à l’opinion des meilleurs esprits.

Voilà le résumé d’un très long rapport de M. Keller, député de Zurich. Il concluait à trois accusations distinctes : la première contre Conseil, d’avoir fait usage de faux papiers ; la seconde contre M. de Belleval, premier secrétaire de la légation française, d’avoir expédié un faux passeport, avec date inexacte, usurpation de fausses qualités, etc. ; la troisième contre M. de Montebello, de

  1. Tous les étrangers mêlés à cette affaire ont depuis été renvoyés du canton. Il est à remarquer que tout reposait sur leurs dépositions et sur les aveux d’un misérable qu’ils se faisaient gloire d’avoir violenté pendant cinq jours. Depuis, deux de ces réfugiés, l’abbé Bandelier et Boschi, avaient voulu découvrir un autre espion, et arrêté illégalement un commis voyageur français qui se trouvait à Berne avec sa maîtresse. Mais cette fois l’autorité se fâcha de ce qu’on eût tenté d’usurper ses attributions.
    On lit dans un journal suisse, du 20 septembre
    « L’abbé Bandelier, chassé du Valais pour mauvaises mœurs, a été renvoyé du canton de Berne pour avoir exercé, avec Boschi (également expulsé), des violences contre un voyageur français, soupçonné faussement d’espionnage.