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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/364

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prenant, comme en 1834, que des engagemens vagues et dénués de sanction. C’est là toute la note du 18 juillet. Elle était, au fond, toute de bienveillance pour la Suisse, et digne de son ancienne alliée. Il ne faut pas croire que ce fût un acte d’entraînement, de passion, de haine irréfléchie contre les réfugiés. C’était encore bien moins un acte d’hostilité envers la Suisse. Le gouvernement avait beaucoup à se plaindre des radicaux et de la presse ; mais il était au-dessus de ces tracasseries, et n’aurait pas sacrifié à de mesquines vengeances les grands intérêts de la politique française. M. le duc de Montebello remit donc au directoire fédéral, le 18 juillet, une note fort étendue, en réponse à sa communication du 22 juin. Le droit d’asile y était reconnu, dans les limites et aux conditions que la Suisse elle-même ne contestait pas en principe ; mais on y insistait avec force sur la nécessité de donner aux puissances intéressées des garanties que les derniers évènemens leur permettaient d’exiger.

On a fait grand bruit, en Suisse et en France, des menaces que contenait cette note. Cependant la France menaçait moins en son propre nom qu’elle ne révélait à la Suisse des mesures de contrainte irrévocablement arrêtées par les états d’Allemagne et d’Italie, pour obtenir satisfaction sur les réfugiés. La menace la plus clairement énoncée de la part de la France était celle de n’y mettre aucun obstacle, parce qu’elle leur en reconnaissait le droit. Les motifs, généralement méconnus jusqu’ici, qui avaient porté le gouvernement français à prendre l’initiative de ces pénibles déclarations y étaient longuement développés, et on n’y donnait ces conseils sévères, mais d’une bienveillance incontestable, qu’en accordant à la Suisse le service demandé par le directoire. La note du 18 juillet fut appuyée par tous les ministres étrangers accrédités auprès de la confédération helvétique. Le ministre d’Angleterre, M. Morier, tint le même langage que ses collègues, et on sait que M. Bowring en ayant fait le sujet d’une interpellation dans la chambre des communes, lord Palmerston ne l’a point désavoué.

Le reproche d’avoir provoqué la Suisse par des menaces, quand elle allait au-devant de tous les voeux, n’est pas fondé. La note du 18 juillet, regardée à tort comme une insulte gratuite, est antérieure à toute proposition de conclusum, à toute discussion de la