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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/355

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détruire chez ses voisins la liberté de la presse, le système électif et les principes démocratiques, toutes choses dont l’extension récente au sein de la Confédération ne lui inspirait et ne lui inspirer encore aucune crainte.

On a vécu pendant deux ans avec la Suisse sur ses promesses de 1834. Les cabinets intéressés à leur exécution savaient bien que cette exécution n’était pas complète et laissait beaucoup à désirer ; mais ils s’abstenaient de réveiller un différend assoupi, et leurs envoyés se contentaient de ne pas perdre de vue ceux des réfugiés que leurs talens, l’énergie de leur caractère, leur position connue dans le parti, rendaient le plus redoutables. C’est dans ces dispositions que le ministre d’Autriche, M. de Bombelles, et le nouveau ministre de Prusse, M. de Rochow, se sont établis à Berne au commencement de cette année. M. de Bombelles, notamment, n’ignorait pas que le réfugié italien Mazzini, écrivain assez distingué, qui venait de publier une brochure intitulée, Foi et Avenir, vivait tranquillement et sans trop se cacher à Bienne, d’où il entretenait fort activement ses correspondances politiques. Cet ambassadeur en était même assez préoccupé, mais il ne fit aucune demande pour obtenir l’expulsion de Mazzini. Une pareille démarche aurait d’ailleurs été inutile. En supposant (ce qui est peu probable, à l’époque dont nous parlons, antérieure aux découvertes de la police de Zurich), que le gouvernement de Berne eût ordonné à Mazzini de sortir du canton, il se serait certainement retiré dans un autre, et on n’aurait eu aucun moyen de lui faire quitter la Suisse.

Il fallait que les réfugiés eux-mêmes, en menaçant la Suisse de nouveaux dangers, donnassent lieu, par d’imprudens complots, aux mesures générales dans lesquelles ils se trouvent maintenant enveloppés. C’était un résultat que devaient bientôt amener leur état permanent de conspiration plus ou moins vague, la nécessité de ranimer par quelque entreprise hardie le zèle de leurs partisans au dehors, celle de fortifier et d’étendre leur organisation. Ils avaient, d’ailleurs, conçu de grandes espérances par suite de leur union avec le parti radical suisse, de l’influence qu’ils exerçaient sur la presse, de leurs relations avec les autorités cantonnales, et de la position avantageuse que plusieurs d’entre eux s’étaient faite dans quelques cantons. Il y avait bien des yeux, ouverts sur