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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/345

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les rapports de la France avec les autres peuples, que par les subsides et l’argent qu’on lui demandait. Il doit associer l’intelligence et la direction des affaires étrangères à l’administration intérieure ; la déduction de ses progrès politiques doit le conduire à cette nouvelle conquête, et il doit s’initier à la connaissance du monde, aussi bien qu’à la liberté dans ses foyers. Pour cela, il faut bannir l’insouciance et dissiper l’ignorance ; il faut s’intéresser aux mouvemens des peuples, connaître leurs rapports, leur histoire, leur géographie, comprendre que, puisque la France est si fort regardée du monde, elle doit lui répondre par une attention constante ; la souveraineté nationale impose à un peuple l’obligation de tout saisir comme celle de souscrire volontiers aux efforts et aux sacrifices que peut réclamer sa grandeur morale.

Nous croyons mieux mériter du pays en lui tenant ce langage qu’en lui prêchant je ne sais quel égoïsme étroit et mesquin qui tend à ravaler l’état aux proportions d’un ménage. Quel peuple, moins que la France, peut échapper à la double obligation d’avoir l’œil ouvert, tant sur les effets intérieurs de sa constitution que sur les rapports qu’il doit soutenir avec les autres pays ? Au moins, autant que l’Angleterre, la France a besoin d’un art persévérant dans ses relations extérieures. Si elle a moins d’intérêts maritimes et commerciaux semés sur tous les points du globe, elle a plus d’affaires continentales. Une Europe constitutionnelle et libre travaille à se former, et réclame l’appui moral de la France. Après sa révolution de 1688, l’Angleterre n’eut pas à s’occuper de l’état intérieur du continent, et sa constitution restait enfermée dans son île. Depuis cinquante ans, au contraire, la révolution française sert de premier chapitre à l’histoire de la rénovation européenne. D’un autre côté, voici plusieurs années que la Russie et l’Angleterre se harcèlent et se disputent l’Orient ; leurs débats diplomatiques, notre possession du littoral africain, les mouvemens intérieurs de la Turquie et de la Perse, tout nous convie à une politique active, qui ait son thème décrété d’avance, comme celle de Saint-Pétersbourg et de Westminster.

A l’intérieur, la société et le gouvernement peuvent paraître séparés sur certains points ; quelquefois la société semble devancer son gouvernement ; parfois, au contraire, le gouvernement éclaire