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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/341

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suivent sont des instrumens dont se sert la Providence pour modifier presque toujours à leur avantage les sociétés humaines ; les autres ne sont que des fléaux transitoires. Nous devons donc l’adopter, et comme le plus avantageux et comme le plus juste. Comment l’appliquerons-nous ? Ici les difficultés se présentent en foule, mais elles ne sont pas insurmontables, elles sont même bien loin de l’être. Si la France était en position d’envoyer pour quelques années 50,000 hommes en Afrique, il serait facile d’occuper tous les points importans depuis Tlemcen jusqu’à Constantine, d’y établir des municipes, et de dominer de cette manière des peuples qui, s’ils n’étaient menacés ni dans leur liberté, ni dans leur fortune, se soumettraient facilement. Alors on donnerait successivement aux diverses tribus arabes les droits des Français coloniaux, comme récompense de la tranquillité de leur conduite, de leur respect pour les lois et de leurs progrès dans les travaux agricoles… Le point essentiel serait de favoriser les alliances mixtes et d’affaiblir les préjugés religieux sans détruire les croyances ; il est possible d’y parvenir [1]. »

On éprouve une satisfaction singulière à lire ces pages échappées à l’intelligence d’un soldat qui comprend la haute mission de la guerre. Au surplus, M. Pellissier a l’esprit aussi pratique qu’élevé, et il expose avec détail les moyens d’exécution qui lui paraissent devoir être les plus heureux. La lecture des Annales algériennes est nécessaire à qui veut connaître l’Afrique, les Arabes, la situation de la France vis-à-vis sa nouvelle conquête, ce qu’elle peut et ce qu’elle doit.

Ce n’est ici ni le lieu ni le moment de développer dans toute sa grandeur la question de l’Orient. Nous noterons seulement ce point en passant, c’est que la France en Afrique ayant trouvé ses Indes, elle n’a plus à se préoccuper de conquêtes positives sur d’autres côtes, mais seulement du soin de porter partout son commerce et son nom. Dans un siècle, il doit y avoir une France d’Orient ; et puis partout, dans toutes les mers, chez tous les peuples, le nom et l’influence de la France. Voilà une ambition qui ne sent pas la vieille Rome, mais qui honore et sert l’humanité.

Les gouvernemens sont préposés à la tête des sociétés pour en

  1. Annales Algériennes, par E. Pellissier, capitaine d’état-major. Tom. II, p. 441, 442.