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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/324

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des placemens industriels ou commerciaux au revenu des fonds de terre, dès ce moment la division de la propriété foncière s’arrêtera ; car la concurrence des capitaux prendra une autre direction. Mais que fera-t-on des terres déjà divisées ?

Dans certains cantons de la France, les paysans, propriétaires de parcelles plus ou moins étendues, les afferment à quelque grand propriétaire ou à quelque fermier pour être comprises dans l’exploitation ; ils travaillent ensuite à la culture de ces mêmes terres comme journaliers salariés. Ainsi leur profit est double ; ils ont la rente de la terre et la rente du travail. Le sol, soumis à un meilleur système de culture, s’améliore ; et la somme de richesse s’augmente pour tous.

Il est évident que ces faits, particuliers encore à quelques localités, doivent se généraliser. Lorsque les cultivateurs qui possèdent deux ou trois arpens s’apercevront que la petite culture est ruineuse, ils loueront leurs terres aux grands fermiers ou les vendront. Il en sera probablement de la terre comme du pouvoir. Quand l’aristocratie fut renversée par la révolution de 1789, le peuple envahit à grand bruit la place qu’elle avait laissée vide ; puis le gouvernement lui tomba des mains, inhabile qu’il était à le porter ; la classe moyenne s’en empara et l’a gardé. Le même phénomène se reproduit dans la possession du sol ; il se divise et se subdivise incessamment depuis quarante ans ; mais quand ces atomes, à force de se briser, auront perdu toute vigueur et toute fécondité, il faudra les lier et les cimenter de nouveau. Alors la moyenne culture, sinon la moyenne propriété, doit succéder au morcellement : la bourgeoisie a le pouvoir, elle aura le sol.

Le meilleur système de culture en France sera certainement celui qui établira une proportion exacte entre l’étendue des terres possédées ou cultivées, et la surveillance du possesseur ou du fermier. Une ferme ne doit pas avoir moins de trente hectares ni plus de cent. Cette étendue d’exploitation n’exige pas un capital considérable et permet de tenter les expériences nécessaires à l’amélioration du sol, de combiner la culture des céréales avec l’éducation des bestiaux, d’annexer même quelquefois à la ferme une industrie comme la fabrication de la fécule, ou la mouture du blé, ou l’élève des vers à soie. Elle n’est pas assez vaste pour écarter la concurrence des preneurs, quand il