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l’emploi des machines, et parmi celles-ci, la charrue ? N’est-ce pas remonter à l’enfance de l’art ?

La petite culture a des avantages, elle est même une nécessité dans certains cas. Nous savons ce que peut rendre un hectare de terre, cultivé selon la méthode usitée en Flandre. Mais le système d’agriculture jardinage donnerait-il les mêmes profits, si tout le monde le pratiquait ? L’on ne vit pas uniquement de légumes et de fruits, et la terre ne saurait être convertie tout entière en jardins. Il faut des champs de blé pour nourrir les hommes, ainsi que des pâturages pour élever les bestiaux. Depuis l’application de la chimie à l’industrie agricole, une ferme est une sorte de manufacture qui exige un grand déploiement de capitaux et qui embrasse une grande variété de produits. L’économie de l’exploitation tient à cette réunion d’élémens divers, qui concourent au même résultat. Brisez le faisceau, morcelez la culture, et vous annulez l’économie. Le petit cultivateur, qui exploite des terres labourables avec un faible capital et des instrumens inférieurs, n’est pas plus en mesure de lutter contre le fermier qui a des capitaux, des engrais, des machines, des transports et des débouchés toujours ouverts, que celui-ci de soutenir la concurrence des possesseurs de terres à blé en Pologne et en Crimée, où l’on se sert des hommes comme nous nous servons des animaux.

S’il est impossible de recomposer en France la grande propriété, les mêmes obstacles s’opposent-ils à ce que l’on combine la petite propriété avec la grande culture ? N’est-il pas possible de remplacer les grands domaines par les grandes et par les moyennes fermes, de diviser la possession et de concentrer l’exploitation, de morceler la propriété sans morceler le sol ? Nous croyons que cette solution sortira naturellement des progrès de l’instruction, de l’industrie et de la richesse dans le pays.

Nous avons expliqué la défiance des paysans et généralement des classes agricoles pour toute propriété qui n’est pas assise sur un fonds de terre. Il nous reste à dire que si les petits capitaux recherchent les placemens sur immeubles, cela vient en grande partie de ce qu’ils auraient de la peine à trouver un autre emploi. La richesse industrielle et mobilière, malgré ses accroissemens récent, n’occupe encore qu’un rang bien secondaire dans l’échelle des propriétés.