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qui peut paraître aujourd’hui encore singulière par l’assemblage, M. Saint-Marc, et M. Bertin l’aîné, et celui-là que, pour ne point irriter ses mânes, je ne nommerai pas près d’eux. Mais il était honnête ; mais il avait un sens qui le détournait des fausses espérances et des excessifs désespoirs ; mais, par ses goûts classiques mêmes, par son habitude raisonnée de prosateur, par un certain ballottage équitable qui neutralise les écarts, il se tenait, dans ses variations, à des idées moyennes d’expérience et de portée actuelle, que l’expression seule grossissait un peu ; il n’était du reste nullement fermé à plusieurs des discussions nouvelles qui s’agitaient, et il en retirait, après coup, matière à digression littéraire, sans s’éprendre du fond : autant de garanties contre l’erreur et pour la marche de ce genre de talent. Il a été, en effet, en progrès constant et rapide depuis ce temps, là.

Politiquement il n’avait pas à se faire jour ; c’était par la littérature, objet de sa vocation très prononcée, qu’il devait se poser avec importance. En même temps qu’il écrivait des articles au National, M. Nisard se préparait au rôle qu’il occupe, en terminant son ouvrage sur les poètes latins, dont autrefois les premiers portraits avaient paru dans la Revue de Paris. Mais, à mesure qu’il avançait, l’esprit qui domine dans ce livre augmentait aussi d’influence ; et y donnait une couleur qui n’a pas été assez remarquée des critiques : ils l’ont traité comme un pur ouvrage de littérature ancienne. Or, ce livre sur les poètes latins de la décadence n’est, en effet, dans son but principal, j’ose le dire, qu’un manifeste raisonné, érudit, mais plein d’allusions, qui vont, je le crois bien, jusqu’à compromettre en plus d’un endroit la réalité historique et l’exactitude biographique, un manifeste contre la poésie moderne dite de 1828, et ses prétentions, et même ses principaux personnages.

M. Nisard, que l’absence de passion enthousiaste et d’initiative, soit en politique, soit en art, avait tenu un peu en dehors et au second rang, dans ce premier âge où il est si difficile de ne pas faire de fausse pointe, en avait pourtant fait une petite fausse, à ce qu’il lui semblait, en louant d’abord, plus que sa raison modifiée ne l’admettait, certaines œuvres ou de M. Hugo ou de cette école. C’était donc une revanche qu’il prenait dans cette position nouvelle. Le rôle de critique officiel de l’école romantique n’était plus