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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/263

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ne manquait pas d’élégance au dedans et même d’une certaine recherche. L’amphitryon ne se gênait pas avec moi ; j’étais un oiseau de passage, et je n’avais pas d’intérêt à le trahir. Il s’abandonnait donc sans crainte aux fumées de la vanité et à la béatitude du propriétaire satisfait. — Señor Coriath, lui dis-je, tout cela a dû vous coûter fort cher ; il faut que vous soyez bien riche. — A ce mot, je vis mon homme pâlir ; il se ravisa tout d’un coup et démentit tout ce qu’il venait de me dire. Lui riche ! mais il n’avait rien, il était le plus pauvre entre tous ses confrères ; sa maison n’était qu’un bouge, tout ce que je voyais était sans valeur ; et, faisant la contrepartie de lui-même, il se mit à déprécier chaque objet plus épouvanté de mes éloges qu’il n’en avait été flatté l’instant d’auparavant. A la fin, j’eus pitié du patient et je mis fin à sa torture. — Calmez votre effroi, lui dis-je ; quoique j’aie déjeuné ce matin chez Achache, je ne veux pas lui dire votre secret. Jouissez en paix de vos richesses ; elles vous coûtent assez cher. -Ces paroles ne le rassurèrent pas ; il persista à se traiter de misérable, et il ne respira librement que lorsqu’il me sut à Gibraltar.

Ainsi, les passions, les plus basses de l’humanité, l’avarice et la peur, sont les deux traits distinctifs des modernes enfans d’Israël ; ils en portent l’empreinte indélébile sur leur visage et dans toute leur personne. Leur regard est oblique, inquiet, et ils masquent la terreur dont leur cœur est possédé sous un sourire mielleux qui fait mal à voir quand on l’étudie. Le Juif ne parle pas, il chuchotte comme un prisonnier qui craint de réveiller ses bourreaux endormis. Le Juif ne marche pas, il se glisse le long des murs, l’œil au guet, l’oreille aux écoutes, et il tourne court à tous les angles, comme un larron qu’on poursuit. Souvent il tient sa chaussure à la main, pour faire moins de bruit, car rien ne l’effraie plus que d’attirer l’attention ; il voudrait marcher dans un nuage et se rendre invisible. Si on le regarde, il double le pas ; si on s’arrête près de lui, il prend la fuite. Il tient à la fois du lièvre et du chakal.

La laideur du Juif est une laideur toute particulière et qui n’appartient qu’à lui. Il n’a pas les traits physiquement difformes ; mais, fidèle miroir de sa vie interne, sa physionomie a quelque chose d’ignoble et de brutal qu’on ne saurait définir, qui frappe au premier coup d’œil, et repousse invinciblement. C’est une laideur morale ; c’est l’ame qui est difforme, et qui se reproduit dans chaque