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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/247

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bout d’un mille pour entrer dans une vaste plaine, semée à perte de vue de ciguë, de dent-de-lion et de grands troupeaux de chameaux qui paissaient en liberté. Une basse colline court à gauche, couverte de quelques groupes de huttes bâties en pain de sucre, avec de la paille et de la boue, comme les kraals des Hottentots, ou, sans aller chercher si loin des points de comparaison, comme certains hameaux de l’Abruzze, perdus sur les revers orientaux de la Maïelle. Ces huttes sont hautes de huit à dix pieds tout au plus ; elles n’ont pour toute ouverture, qu’une porte, qui sert aussi de fenêtre, et dont la clôture est un fagot d’épines. Il n’y a là-dedans qu’une seule pièce, qui sert tout à la fois de chambre à coucher, d’écurie, de cuisine et de salon.

Cinquante à cent de ces misérables cabanes forment un dascar ce sont les villages du pays, et ils servent de domicile à la partie agricole et fixe de la population ; les écrivains de l’antiquité les désignent sous le nom de mapalia du mot punique mapul, qui signifie habitation fixe, et ces villages sont encore tels qu’ils les ont décrits. Alors comme aujourd’hui, les habitans de la Mauritanie étaient divisés en population fixe et en population errante ; celle-ci habite sous des tentes mobiles appelées khaimat, à cause de l’ombre qu’elles donnent, et bouioutes-scia’r, c’est-à-dire maisons de poil ou de crin ; elles sont de forme conique, comme les cabanes, et faites de cordeaux de laine ou de poil de chèvre. Ces camps volans s’appellent adouar, mais adouar est le nom générique, ils en prennent de particuliers suivant leur position au pied, sur les flancs ou au sommet des montagnes. Le camp est ordinairement circulaire ; une tente plus spacieuse que les autres s’élève au milieu, et sert de mosquée. Nos hameaux chrétiens se sont ainsi groupés autour de l’église, car dans tous les systèmes de civilisation, c’est toujours l’idée supérieure, ou le symbole qui la représente, qui forme le centre social et le point de ralliement entre les hommes. L’adouar est gouverné par un scheik qui relève du kaïd ou bacha.

A la plaine triste et monotone que nous venions de franchir, succède une prairie plus riante, tout émaillée de fleurs agrestes. Ce n’étaient plus des chameaux qui y paissaient, mais un grand troupeau de vaches grises. Un vieux taureau, seul gardien du pâturage, faisait le guet d’un pas inquiet et mécontent ; il se fouettait à coups pressés les flancs de sa queue ondoyante ; il troublait