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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/238

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clémence, qu’il eût étendus plus loin et plus liant, s’il eût été entièrement libre. Mais là, comme ailleurs, se retrouvent les divisions sourdes qui partagent le cabinet. M. Guizot, réduit, en dépit de ses efforts, à un rôle secondaire, ne néglige aucune occasion de contrarier furtivement la marche du président du conseil. A l’entendre, toute l’action gouvernementale converge autour de lui. Le ministère, le gouvernement, c’est lui. Puis-je compter sur vous ? telle est la formule uniforme que l’égoïsme du ministre de l’instruction publique adresse à tout venant. Il ne s’agit plus maintenant de vouloir fermement la constitution et le gouvernement de 1830 ; la question se pose autrement aujourd’hui : — Êtes-vous dévoué à M. Guizot, oui ou non ?

Or, il faut savoir qu’au ministère de l’intérieur a été dressée une statistique de la chambre des députés sous les yeux et la surveillance de M. Guizot. Là sont classés les amis, les adversaires, les douteux ; les plus légères nuances sont indiquées : on a pris note des habitudes, des goûts, des faiblesses de messieurs les honorables. On sait que celui-ci pourra être attaqué par la vanité, celui-là par les avantages solides, un troisième par des attentions flatteuses, un autre par des bagatelles offertes avec grace et abandon. On a été jusqu’à proposer à un député indépendant de faire partie du conseil d’administration de l’Opéra, parce qu’on l’avait noté comme un des plus fervens admirateurs de Mlle Taglioni. Il ne passe pas un député à Paris, ne fût-ce que pour vingt-quatre heures, qu’on ne s’efforce de le circonvenir et de l’endoctriner. Enfin, rien n’est négligé pour grossir la phalange qui doit présenter et soutenir le combat parlementaire.

En même temps on déclare que si, par un inexplicable aveuglement, la chambre ne prêtait pas au ministère l’appui qu’elle lui doit, on ne prendrait pas pour si peu le parti de la retraite, et qu’à force d’insistance on ramènerait la majorité au vrai système gouvernemental : dégoûts, mécomptes, humiliations, on est prêt à tout accepter ; mais on restera. On fatiguera la chambre ; on la réduira par l’ennui, la lassitude ; on se tiendra content de peu ; on ne demande pas à gouverner avec l’assentiment moral du pays ; on ambitionne uniquement de ne pas tomber.

Il est vraiment difficile de concevoir dans quelle pensée M. Guizot et ses amis montrent une si longue convoitise du pouvoir. On comprend qu’un homme d’état veuille garder la puissance pour réaliser quelque idée qui lui est chère : qu’on nous indique le plan, le dessein politique qui ait motivé le retour de M. Guizot aux affaires. Est-ce le désir de faire triompher à l’extérieur un système particulier ? Mais M. Guizot n’est rentré au ministère que pour tomber dans une contradiction flagrante avec ses antécédens sur la question espagnole. L’hiver dernier,