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à propos amalgamées par le romancier, ne sont, ni l’une, ni l’autre, plus exactement rapportées. C’est de sa propre autorité qu’il commue miséricordieusement en une détention perpétuelle la condamnation à mort qui fut bien réellement prononcée contre Richard Savage. La représentation d’Orerbury, telle que la raconte M. Michel Masson, devient absolument une solennité romantique du Théâtre-Français, en 1829. L’enthousiasme frénétique des loges et du parterre, le succès furibond, puis l’interdiction de l’ouvrage après la première soirée, rien ne manque. Le fait est que la tragédie fut montée sans bruit, au milieu de la morte saison. Savage y parut dans le rôle de sir Thomas Overbury, mais il ne récita nullement cet épilogue mélodramatique que lui prête le romancier. La réussite fut médiocre. Le gouvernement ne songea pas à étouffer la pièce : elle mourut d’elle-même. On la joua trois fois seulement en juin 1723, et une dernière au mois d’octobre suivant. Remarquez que M. Michel Masson place, pour sa commodité, la représentation d’Overbury après le meurtre et avant le procès. Cependant, comme nous l’avons dit, la représentation eut lieu dès 1723 ; le meurtre ne fut commis que le 20 novembre 1727.

IVI. Michel Masson recompose également à son idée la haine de la comtesse Macclesfield pour son fils, cette haine sans cause, sans excuse, inexplicable, phénomène inouï et monstrueux, qu’il importait de montrer dans toute sa hideuse réalité. Le caractère en est complètement altéré dans le roman. Nulle raison, pourtant, ne devait atténuer l’odieux acharnement de cette mère. Il avait été toujours horriblement conséquent. Jamais il ne s’était démenti. Il n’y avait ni à l’atténuer ni à le grossir. Eh bien ! d’une part le romancier lui invente une sorte de prétexte et de justification, en faisant tuer son Edouard par Savage ; car on conçoit que, chez une femme passionnée, l’amour et la soif de vengeance ont pu éteindre le sentiment maternel. D’autre part, M. Michel Masson rend sa comtesse de Macclesfield gratuitement et beaucoup trop ingénieusement atroce, quand il suppose que, poursuivant son fils jusqu’au-delà des grilles de Newgate, elle lui envoie une couronne d’épines, afin qu’il en ceigne son front d’auteur triomphant et de condamné, et va le visiter elle-même au fond de son cachot pour insulter en personne à sa misère.

Lady Macclesfield avait renié son enfant ; elle lui avait refusé une mère et un père. Qui l’avait, si ce n’était elle, dévoué au besoin et au désordre ? Lorsque le comte de Rivers s’était informé de Richard, afin de le comprendre dans son testament, elle avait répondu qu’il était mort, et l’avait ainsi frustré de l’héritage paternel. Lorsque l’échafaud se dressait pour lui, lorsqu’on sollicitait sa grace près du trône, elle s’était efforcée d’empêcher le pardon royal, en accusant son fils d’assassinat tenté contre elle. Cette