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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/162

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une de ces innovations que lui seul peut se permettre, leur faisait lui-même sévèrement la morale ; il répliquait rudement à leurs plaintes, et les renvoyait à leurs foyers : « Go home, gentlemen ! Allez vous-en chez vous, messieurs ! » ou même refusait de les recevoir. Au contraire M. Van Buren, toujours maître de lui, présidait avec une sérénité et une courtoisie qui ne se sont pas démenties un instant, le sénat dont la majorité lui était hostile, recevait à bout portant, sans broncher, la décharge des sarcasmes de M. Clay, ou des solennelles harangues de M. Webster, ou des raisonnemens serrés de M. Calhoun, écoutait sans bâiller les interminables discours ; de quelques maladroits amis, et revenait tous les jours, avec la même égalité d’humeur et le même sang-froid, s’exposer aux traits de ses formidables adversaires. A sa place, le général se fût cent fois levé, pâle de colère, l’œil-en feu, et fut sorti en toisant avec dédain les orateurs de l’opposition ; heureux S’il eût su retenir dans sa poitrine les explosions inconstitutionnelles qui y eussent bouillonné !

L’opposition a plusieurs fois changé ses plans contre M. Van Buren, parce qu’elle n’a pu jusqu’à présent en rencontrer un qui lui présentât des chances de succès. Il y a deux ans, une scission s’opéra dans le parti démocratique. A la tête de ce tiers-parti était l’un des anciens amis du général, M. White, comme lui du Tennessée, sénateur pour cet état, homme fort estimé, qui a été pendant quelque temps président du sénat, en l’absence du vice-président de la république, auquel appartient le droit de diriger les débats de cette assemblée. M. White était soutenu par M. Bell, orateur (speaker) de la chambre des représentans. L’opposition applaudit avec fracas à la candidature de. M. White, ce qui eut pour effet d’empêcher beaucoup de jackson-men de passer à lui. Peu après, l’opposition eut à produire son candidat ; M. Webster, avocat célèbre de Boston et sénateur au congrès pour le Massachusetts, voulut courir la chance et laissa lancer son nom. M. Mac Lean, juge de la Cour Suprême des États-Unis, et ancien directeur-général des postes, avait dans l’état d’Ohio quelques amis qui le poussaient en avant. On commençait à parler du général Harrison ; il était question aussi de M. Leigh, avocat distingué, actuellement sénateur au congrès pour la Virginie. Mais toutes ces candidatures faisaient peu de prosélytes. Au lieu de n’avoir qu’un candidat, l’opposition se