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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/128

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Brunswick. A la grande surprise du roi de Wurtemberg, M. de Metternich répondit qu’assurément le prince Guillaume avait bien mérité des souverains de l’Allemagne par sa conduite et sa gestion de Brunswick, qu’il achèverait son règne en toute sécurité, mais qu’à sa mort le duché devait retourner au descendant du duc Charles, si ce dernier, en se mariant, savait s’amender un jour. En vain le prince Guillaume objecta qu’il avait gouverné par ordre. N’importe, il est entaché d’usurpation aux yeux de M. de Metternich, qui semble vouloir tracer un blocus matrimonial autour des gouvernemens d’origine révolutionnaire. On comprend maintenant combien moins encore la France doit attendre une archiduchesse ; elle peut s’en consoler : qu’a-t-elle gagné aux alliances de l’Autriche, aux mariages de Marie-Antoinette et de Marie-Louise ? La France et l’Autriche peuvent ne pas se combattre pendant long-temps ; mais une alliance de famille entre elles est peu naturelle et peu désirable. Pour terminer l’histoire du duc de Brunswick, le prince Guillaume menace d’abdiquer si on ne lui accorde une femme. Le roi de Prusse nous semble engagé d’honneur à lui en trouver une : le prince Guillaume ne règne que par obéissance ; et s’il est usurpateur, il ne veut pas rester célibataire.

L’amour joue un rôle plus considérable qu’on ne pense dans les affaires politiques ; la révolution espagnole a aussi ses épisodes de boudoir. Un soir, M. Mendizabal, c’était pendant son premier ministère, se présenta devant la reine, légèrement étourdi par les libations d’un dîner diplomatique. Le langage était plus franc, et la passion du sujet pour la souveraine ne resta pas muette. Le ministre fut congédié avec hauteur et indignation. Le lendemain matin, les vapeurs de la veille dissipées et la tête plus libre, M. Mendizabal avisa qu’il avait fait une grande faute ; mais, pour la réparer, il en commit une autre : il écrivit à la reine. Pas de réponse ; inquiétude du ministre. M. Mendizabal, qui évidemment connaît mieux les finances que les femmes, pria un de ses collègues de retirer sa lettre des mains de la reine. La reine répondit, le visage en feu, qu’elle n’avait reçu aucune lettre. La cour sut bientôt les maladresses et la déconvenue de M. Mendizabal, qui fut dès-lors obligé à la retraite ; et c’est à l’avènement de l’administration de M. Isturitz que la reine dit que désormais elle était environnée, non plus de manans, mais de cavaliers.

Toutefois, le manant a été ramené par le mouvement révolutionnaire ; quelles que soient l’antipathie et les répugnances de la reine, elle doit s’accommoder aux nécessités de sa situation. M. Mendizabal est homme de finance, et seul convient aux hommes de finance ; seul il trouve de l’argent ; seul il inspire confiance à la bourse et aux capitalistes ; seul encore il a le courage de se mettre à la tête de la révolution, pour la conduire et la modérer. On ne saurait refuser à M. Mendizabal une audace mêlée