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et la considération publique. Sur l’autorité de Franklin, ils avaient supposé qu’il leur serait facile de trouver des fonctionnaires capables, en leur offrant l’honneur pour principal salaire. Ils se sont trompés. Chez eux, les fonctions publiques ne sont point un titre au respect, tout au contraire. Comme elles ne sont rétribuées ni en considération, ni en écus, ce n’est plus qu’un pis-aller. A l’exception d’un très petit nombre de places que l’appât du pouvoir fait rechercher encore, malgré les déboires dont il faut acheter le plaisir de commander et d’avoir des inférieurs, elles ne sont courues que par la portion flottante de la population, qui n’a pu prospérer dans l’industrie et qui se meut de carrière en carrière. Ce n’est même pas, à proprement parler, une profession ; c’est un emploi provisoire pour les gens déclassés. Dès que l’on a trouvé mieux dans le commerce et les entreprises, on remercie l’état. L’école de Westpoint fournit tous les ans à l’armée une quarantaine de lieutenans ; un tiers environ donnent leur démission avant deux ou trois ans de services, parce que la solde des officiers, quoique plus considérable que chez nous, est encore fort modique, relativement aux bénéfices d’un négociant ou d’un ingénieur.

Les fonctions publiques, en général, sont plus aisées à remplir aux États-Unis qu’en France. Toute question à résoudre embrasse une plus grande complication d’intérêts chez nous que chez eux, et exige plus de connaissances. Les attributions du gouvernement sont, en France, bien autrement étendues et variées. L’employé, chez nous, est astreint à apporter à son travail plus de soin que l’on n’en exige ici. La moyenne des salaires américains est cependant bien supérieure à la nôtre. Quand le congrès et les états particuliers auront besoin d’hommes capables pour fonctionnaires, ils feront comme les négocians américains à l’égard de leurs commis, ils les paieront. Le congrès a eu récemment l’occasion de sentir qu’il lui fallait de bons officiers de marine, et il vient d’augmenter les appointemens de ce corps. On peut même dire que les fonctionnaires, qu’ils traitent avec une excessive lésinerie, sont en petit nombre [1]. Au ministère des finances, à Washington, sur

  1. Ce sont, dans la plupart des états, les gouverneurs, et par-dessus tou, les ministres du gouvernement fédéral. Ces derniers ne reçoivent que 6,000 dollars. (32,000 fr.), sans logement ni autres accessoires, et ils sont astreints par l’usage à une certaine représentation.