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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/102

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ont disparu. Une partie de leurs prérogatives peut et doit être remise au peuple, ainsi qu’il a déjà été fait à l’égard de l’administration intérieure du pays ; car la nation, devenue plus éclairée et plus apte à se diriger elle-même, n’a pas besoin, au même degré que par le passé, d’une règle venue d’en haut. Cependant la majeure partie des prérogatives des anciens pouvoirs doit aller grossir celle du pouvoir central, et non point être annulée purement et simplement. Avec nous, Français, tels que nous sommes aujourd’hui, il convient, pour le bien général, que le gouvernement ait la meilleure part dans l’héritage des influences du passé, surtout en matière de colonisation. Rien n’est plus difficile que de coloniser ; c’est une création tout entière. Le propre d’une colonie, c’est d’être mineure ; aux États-Unis, où le self-government a été poussé jusqu’à la dernière limite, les colonies continentales, qu’on appelle territoires, sont traitées comme mineures jusqu’à ce qu’elles aient réuni une population de soixante mille ames ; or, à tout mineur un tuteur est indispensable.

Sans doute un gouvernement qui veut coloniser peut rechercher le concours des capitalistes ; mais on se méprendrait si l’on en attendait, relativement à Alger, de grands efforts et de grands résultats. En fait de compagnies, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés aujourd’hui que du temps de Louis XIV : peut-être le sommes-nous moins ; je cherche vainement en France quelque chose qui puisse être comparé à nos ci-devant compagnies des Indes.

Je ne veux pas faire le métier de prophète, encore moins celui de prophète de malheur ; d’ailleurs, à la distance où je suis d’Alger, je n’en dois parler qu’avec une extrême réserve. Je suis cependant persuadé qu’avec le système de laisser-faire ou de ne rien faire, adopté par le gouvernement, nous ne sommes pas en chemin d’y implanter une population française. Et pourtant, jusqu’à ce qu’il y ait deux cent mille ou trois cent mille Français, notre domination n’y sera qu’éphémère, à la merci d’un vote inopiné des chambres, ou d’un caprice ministériel, ou d’un bruit de guerre ; et, qui pis est dans ce siècle positif, Alger nous coûtera beaucoup sans nul retour.

Si je ne m’abuse complètement, ce qui se déverse à Alger, avec le système des émigrations individuelles, doit être, sauf un petit nombre d’exceptions, le rebut de nos grandes villes. Il y faudrait