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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/79

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pour eux une seconde patrie, et ils prennent l’intérêt le plus vif aux phénomènes qui s’y produisent.

Les publications de cette année se partagent naturellement en deux groupes : spéculation et pratique. En tête du premier se trouvent les œuvres de Bacon et de Descartes, réimprimées avec d’utiles éclaircissemens. C’est encore l’ame, ou si l’on veut, la méthode de ces deux grands hommes qui soutient quelques petits traités de logique, à l’usage des classes. Grace à M. Tissot, les idéologues français possèdent une traduction complète du célèbre ouvrage de Kant, Critique de la raison pure, qui n’était connu chez nous que par des analyses et des fragmens. Ils seront enfin certains d’une chose au monde : c’est à savoir l’incertitude de nos connaissances. Quant au problème de l’origine des idées, il n’est pas absolument sorti du cercle où il s’agite depuis tant de siècles. M. Toussaint a repris la thèse de Condillac (de la Pensée, 1 vol.) et défendu le matérialisme avec une vaillance qui n’est pas toujours de bon goût. Mais en général, le spiritualisme a le dessus, et les livres de philosophie ne sont pas les seuls où se trouvent d’éclatantes professions de foi. On voit même des conversions si peu prévues, qu’on se demande s’il ne serait pas du dernier bon ton de croire en Dieu et d’avouer son ame.

M. le comte de Redern a conquis une place distinguée parmi les philosophes qui fondent la loi sociale sur la connaissance physiologique de l’individu. Dans ses Considérations sur la nature de l’homme, ouvrage dont le style et la méthode sont également lucides, il a puisé tous les faits aux sources de la psychologie, des sciences exactes et de l’histoire. C’est une lecture attachante, je dirai même agréable, et qui deviendra utile, si l’auteur livre les conclusions qu’il promet. Nous devons enfin des encouragemens aux éditeurs qui ont recueilli les leçons de M. Jouffroy. Dans les volumes déjà connus, le professeur cite devant lui les auteurs qui ont approfondi le Droit naturel ; il les interroge sévèrement, et souvent en déduisant les conséquences pratiques d’une doctrine, il trouve le langage qui convient pour élever les esprits jusqu’à la plus digne des sciences, celle de la morale appliquée.

La philosophie sympathique, qui néglige les systèmes et tire sa force du sentiment, a fourni quelques opuscules dont trois, dirigés contre le suicide, rappellent une déplorable frénésie de l’époque. Pourquoi ne rangerait-on pas parmi les livres de morale celui qui retrace les malheurs d’un célèbre exilé ? Apprendre à souffrir, quel plus utile enseignement ! Six traductions des mémoires de Silvio Pellico n’ont pas fait oublier le premier traducteur, M. A. Delatour ; et que dire de l’ouvrage lui-même ? Il est de ceux que chacun a lus et jugés avec son cœur, et auxquels on revient dans les mauvais jours, comme à l’un de ces rares amis qui savent consoler. Il me semble que si l’on était surpris par quelque