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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/77

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des enseignemens, à la manière des anciens sages. On ferait une longue liste de tous ceux qui ont concouru à la même œuvre sans se concerter, peut-être même sans se rendre justice. Il y aurait de l’ingratitude cependant à ne pas nommer l’abbé Bautain. Rassemblant autour de sa chaire de philosophie un auditoire empressé, il apporta une précieuse clarté dans les détours obscurs de la métaphysique, rapprocha tous les systèmes pour les infirmer l’un par l’autre, avec une subtilité apprise en Allemagne, à l’école de Kant, et conclut rationnellement à la nécessité d’une foi révélée. Mais en revenant à la doctrine des anciens Pères, toute de foi et d’action, il paraît n’entrevoir que confusément les conséquences pratiques. Il démontre seulement, dans son dernier ouvrage (Philosophie du christianisme) que la méthode ecclésiastique est faussée aujourd’hui, que souvent même (j’emploie son énergique expression) notre clergé arrive à l’impiété par l’absurdité.

Les livres qui constatent la réaction religieuse, sont en assez grand nombre. Deux traductions rapprochent des noms célèbres à des titres bien différens, lord Brougham et Manzoni. Quelques ouvrages se rattachent évidemment aux croyances des légitimistes ; mais légitimiste ou révolutionnaire, ce qu’on se promet, c’est une réorganisation de la société d’après le principe de l’unité, une sorte de théocratie. Jusqu’ici, il faut l’avouer, les réformateurs ont été assez discrets sur leurs moyens de transition et de réalisation. M. de La Mennais, par exemple, n’a pas encore révélé le mécanisme politique qui donnera la vie à ses idées. La préface des Mélanges, et celle qui précède les œuvres de La Boétie, sont à coup sûr d’éloquentes déclamations, mais non des chartes définitives.

Ajoutons qu’une doctrine naissante, et qui est loin d’être suffisamment développée, se trouve déjà dans un juste milieu. D’un côté, c’est Voltaire qui ressuscite sans esprit pour exhaler dans deux ou trois mauvais livres, sa rancune contre le christianisme ; de l’autre, c’est le clergé qui lance l’anathème. Acceptant la définition de Mirabeau, il ne veut être qu’un corps d’officiers de morale, travaillant pour les individus qui le requièrent, et sans plus d’importance sociale que les officiers de santé. Les réfutations pleuvent sur M. de La Mennais. Le supérieur de Saint-Sulpice, chef de l’enseignement ecclésiastique, le dénonce comme promoteur du carbonarisme qui menace les sociétés modernes. Un grave professeur en Sorbonne, l’abbé Guillon, résume en trois volumes les griefs de ses collègues, et publie l’Histoire de la nouvelle hérésie du dix-neuvième siècle. Ainsi le croyant est classé officiellement parmi les hérésiarques. A l’avenir, dans les séminaires, après avoir cité les Borborites qui se barbouillaient de boue pour défigurer la prétendue image de Dieu, les Effrontés, qui se donnaient le baptême en se raclant le front, et autres monomanes travaillés de lubies plus ou moins comiques, on arrivera aux La Mennaisiens,